Les bienfaits de la chélidoine

Quelque peu oubliée des médecines contemporaines, la modeste chélidoine a pourtant brillé de mille feux au firmament des grandes guérisseuses, comme en témoigne la multitude de ses noms populaires. Si certains reconnaissent en elle « l’herbe aux verrues » de nos campagnes, les talents de la petite sauvageonne sont loin de se limiter au soin de ces vilaines excroissances...

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La chélidoine – Source : spm

L’herbe aux hirondelles

Impossible d’aborder la chélidoine (Chelidonium majus) sans évoquer l’hirondelle ; la plante lui doit son nom de baptême, khelidôn désignant en grec l’oiseau migrateur. En effet, de très anciennes croyances témoignent du lien unissant la plante à l’oiseau mais les versions diffèrent… L’une d’elles rapporte que les hirondelles soigneraient la cécité de leurs petits avec le suc de la plante ; une autre, que la fleur de chélidoine s’épanouirait au moment du retour des hirondelles et fanerait quand elles repartent. Inutile de chercher laquelle des deux détient la vérité, chacune en possède une part. Nous verrons un peu plus loin que la plante est effectivement utilisée de longue date en ophtalmologie, en atteste le nom vernaculaire d’herbe à la vue que l’on retrouve dans de nombreuses régions. Mais il est tout aussi vrai que la floraison de la grande éclaire survient à la saison où le voyageur céleste revient nicher.

Pour vivre heureux, vivons dans l’ombre…

La chélidoine n’appartient ni au club des élégantes ni à celui des curiosités végétales mais cultive l’art de passer inaperçue. Tapie au pied d’un vieux mur ou bien d’un arbre, elle en apprécie l’humidité et l’ombre. Ne vous fiez pas à son apparente banalité, ses talents sont ailleurs… Ne dépassant guère les quarante centimètres, elle présente des feuilles sombres, lobées, colorées d’un vert mat au reflet bleuté. Au toucher, ces dernières sont très molles et à peine cueillies, les voilà qui noircissent déjà ! Aux premiers jours d’avril, se déploie une corolle formée de quatre pétales jaunes d’or. Si par mégarde, vous brisez une tige, vous aurez la surprise de voir s’écouler un lait à l’éclatante couleur dorée. Ce précieux latex irrigue tous les tissus de la plante jusque dans ses racines et s’avère d’une importance capitale dans ses activités thérapeutiques. Très commune dans la plupart des régions françaises, l’herbe aux hirondelles se réfugie dans les bois clairs, les lieux incultes et les jardins pas trop « civilisés » où quelques recoins sont laissés au bon vouloir de la nature « sauvage ».

douleur vesicule biliaire

Douleurs à la vésicule biliaire – Source : spm

L’amie de la vésicule biliaire

Pour beaucoup, la chélidoine demeure l’herbe aux verrues et devient, en dehors de ce cadre imparti, une plante toxique. Rien n’est plus faux ! Cependant, certaines précautions d’emploi s’imposent sur lesquelles nous reviendront plus loin. En attendant, faisons un saut en arrière, au temps où les médecins de l’Antiquité avaient encore l’audace d’expérimenter la plante dans son « totum »… Dès cette époque, Dioscoride et Galien recommandent l’infusion vineuse de chélidoine contre les hépatites chroniques, les lithiases biliaires ou encore les cirrhoses. Quelques siècles plus tard, le Dr Cazin5 puis d’autres après lui continueront à prescrire la plante pour les mêmes usages. Vous l’aurez deviné, dans l’or de son latex, sommeillent de précieuses vertus cholagogues et cholérétiques. Toutes les plantes médicinales agissent selon leur génie propre, il en va de même pour la grande éclaire qui interprète sa partition hépatique sur un mode « relaxant ». Appartenant à la famille des Papavéracées, elle a hérité de propriétés sédatives pour notre système hépatobiliaire. Celui-ci, continuellement bousculé par nos remous émotionnels, ne rêve que d’une chose, qu’on le laisse travailler dans le calme ! Sans être sur la même tonalité que ses cousins, le pavot somnifère ou le coquelicot, la modeste chélidoine possède néanmoins une dizaine d’alcaloïdes à caractère opiacé qui agissent sur notre système nerveux en produisant des effets légèrement hypnotiques (ralentissement du pouls, abaissement de la pression sanguine, diminution de l’agitation nerveuse…) et spasmolytiques sur notre vésicule biliaire. Ennemie jurée des spasmes qui contrarient le flux harmonieux des sécrétions biliaires, elle améliore les situations de stress qui accompagnent souvent les dysfonctionnements hépatobiliaires. Toute en fluidité, elle veille à maintenir cette circulation au niveau biliaire et s’oppose ainsi à la formation de lithiases, d’hépatites et d’états congestifs. En résumé, c’est la plante des grands anxieux souffrant d’affections hépatobiliaires !

Toxique ou pas toxique ?

En usage interne, la plante ne s’utilise jamais fraîche mais toujours sous sa forme sèche et que sur du court terme car le latex   s’avère irritant pour les muqueuses internes. Inutile de penser agrémenter une petite salade avec quelques feuilles de chélidoine ! Par principe, elle est contre-indiquée si vous souffrez de problème au niveau du foie. En revanche, si vous désirez faire disparaître une verrue, c’est bien le suc frais qu’il vous faudra appliquer directement sur la partie à traiter et ce, trois fois par jour, jusqu’à disparition. Doué de propriétés antivirales et antimitotiques, le latex est tout à fait indiqué pour combattre le papillomavirus à l’origine de la verrue. Au bout d’une dizaine de jours d’application, cette dernière sèche et tombe.

Maria Trében, quant à elle, recommande une infusion très légère de chélidoine séchée (1/3 de cuillère à café pour un verre d’eau) à appliquer en compresse sur les paupières pour réduire les conjonctivites et les ophtalmies chroniques.

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Des verrues – Source : spm

La crème « spéciale verrues »

  • Chélidoine fraîche (2 bonnes poignées ou plus…)
  • Huile d’olive
  • Cire d’abeille
  • Huile essentielle de tea tree (Melaleuca alternifolia)

Récoltez la chélidoine au début du printemps, avant la floraison. Coupez-la grossièrement (attention à ne pas vous frotter les yeux si vous avez du latex frais sur les doigts ! Lavez-vous les mains rapidement) et déposez les parties dans un saladier en verre. Recouvrez le tout d’huile d’olive et mettez à chauffer dans une casserole, au bain-marie pendant 30 min. Filtrez, pesez, ajoutez 10 % de cire et remettez le tout au bain-marie. Dès que la cire a fondu, remuez bien et retirez du feu. Laissez la température redescendre à 39 °C puis ajoutez 4 % d’HE de tea tree. Remuez une dernière fois avant de mettre en pot. Vous appliquerez sur la verrue 2 ou 3 fois par jour, en faisant bien pénétrer et en protégeant la peau saine.

L’infusion pour les anxieux

  • Achillée millefeuille (Achillea millefolium) – Sommités fleuries
  • Chélidoine (Chelidonium majus) – Plante entière
  • Mélisse (Melissa officinalis) – Feuilles
  • Ortie (Urtica dioica) – Feuilles
  • Fenouil (Foeniculum vulgare) – Graines

Laissez infuser une cuillère à soupe rase du mélange de plantes sèches, à parts égales, dans 200 ml d’eau frémissante. Filtrez et prenez une tasse 2 à 3 fois par jour, environ 30 min avant les repas pendant un mois pour décongestionner le foie et la vésicule biliaire.

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