Le bébé laisse une marque dans le corps de sa mère longtemps après l’accouchement

Vingt-huit siècles après qu’Homère ait évoqué, dans l’Iliade, des créatures hybrides, la science vient avancer des arguments solides d’un processus à la ressemblance frappante avec cette théorie : le microchimérisme. Nous n’en sommes pas à des chimères qui n’existent pas mais la biologie moléculaire nous apprend que certaines cellules du bébé restent dans le corps de la mère. Ces éléments peuvent résister longtemps après l’accouchement avec des effets positifs et d’autres négatifs.

L’attachement de la mère à son bébé est sans équivoque selon les psychologues. Mais il est aujourd’hui plus que jamais valable, lorsqu’on apprend que les cellules du bébé ne quittent jamais le corps de leur mère, un phénomène obstétrique connu sous le nom de microchimérisme fœtal, et qui fait l’objet de plusieurs études. Celles-ci ont été rassemblées dans une revue littéraire publiée par l’Institut Nationale Américaine de l’Information Biologique moléculaire (NCBI).

Des cellules du bébé chez la mère

Cela fait 10 ans que les chercheurs s’intéressent au phénomène de microchimérisme, après qu’ils se soient rendus compte que chacun de nous porte, en plus de milliards de cellules, toutes issues d’un ovule fécondé, un petit nombre de cellules étrangères. Celles-ci sont en quelques sorte “héritées” d’une conséquence directe de la grossesse. En effet, le placenta de la mère pendant la période de gestation laisse passer des cellules de la mère vers le fœtus, et inversement des cellules du bébé vers le sang maternel. Le placenta est étanche et infranchissable, mais une barrière sélective permet le passage de nutriments dont a besoin le bébé.

Une étude américaine, menée par l’équipe d’Amy Boddy, de l’Université de l’Arizona, dresse un bilan des recherches sur la migration des cellules à travers le placenta. La chercheuse en biologie, en conclut que les cellules fœtales se déplacent pour s’installer sur des tissus aussi différents les uns que les autres et portent des marqueurs qui leur permettent de se différencier de n’importe quel autre type de cellules. Par exemple, lorsqu’elles se retrouvent dans le foie ou le cœur, elles développeront des cellules hépatocytes ou en cardiomyocytes.

Des cellules aux vertus curatives

Juste après l’accouchement, les experts affirment que les cellules du bébé qui auront migré chez les mères accélèrent le processus de guérison des cicatrices de grossesse, des étirements tissulaires et des saignements s’il y a des complications.

Enfin, dans une autre recherche, les experts suggèrent également que les cellules fœtales protègeraient les mères des démences neurodégénératives telles que la maladie d’Alzheimer, ou certaines démences vasculaires.

Bonne ou mauvaise coopération entre les cellules du bébé ou de la mère : quelles conséquences ?

L’étude d’Amy Boddy ouvre la parenthèse sur plusieurs interrogations concernant la migration réciproque des cellules pendant la grossesse. En fonction des relations de coopération ou de compétition entre cellules maternelles et cellules embryonnaires, ces dernières pourraient avoir des propriétés curatives aidant au processus de guérison de certaines maladies, ou au contraire, contribuer à l’émergence d’autres pathologies.
Le microchimérisme : un bien ou un mal ?

Les cellules du bébé auraient donc plusieurs vertus sur la santé de la maman. Néanmoins, il existerait un inconvénient malheureux: Elles pourraient affecter le système immunitaire de la mère. Bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires pour confirmer ce risque, selon les chercheurs, cet inconvénient serait le résultat direct d’une mauvaise combinaison chimique entre les chromosomes maternels et les chromosomes du fœtus.

La recherche indique que les cellules fœtales pourraient jouer un rôle dans certaines maladies auto-immunes qui touchent les femmes plus qu’elles ne touchent les hommes, car elles sont considérées comme des corps étrangers que le système immunitaire des mères risque de vouloir combattre.

Des propos à nuancer

Dans la même revue, les biologistes insistent sur le fait que la recherche doit encore se poursuivre car il reste beaucoup à étudier sur le microchimérisme. Il n’en est pas moins que ce phénomène montre qu’une maman garde toujours en elle une partie de son enfant, ce qui confirme encore plus leurs liens d’attachement.

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