Il y a 50 ans, l’industrie du sucre a payé des scientifiques pour falsifier leurs résultats et accuser les graisses

Si le lobby du tabac fait souvent parler de lui, celui du sucre en revanche est beaucoup plus discret, malgré son omniprésence dans l’industrie agroalimentaire. Une discrétion que beaucoup accusent d’être volontaire pour passer sous silence les méfaits d’une substance jugée dangereuse pour la santé. Ainsi, si le lien entre lobby et scientifiques passe souvent inaperçu, ses répercussions n’en sont pas moins susceptibles d’entraîner de nombreux risques pour la santé des consommateurs. C’est ce qu’une analyse publiée par la revue JAMA Internal Medicine a révélé dans un scandale qui se serait produit il y a près de 50 ans. Les résultats ont été relayés par de nombreux médias, dont LCIFrance Info, et BFMTV.

Études truquées, chercheurs corrompus, résultats falsifiés, une liste interminable d’accusations qui ressortent d’une analyse américaine publiée en 2016, révélant l’implication de l’industrie du sucre dans des recherches portant sur les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. Selon les nombreux médias français, le lobby du sucre aurait participé au financement d’études et d’analyses destinées à dévier l’attention portée sur son ingrédient star pour rejeter le blâme sur les acides gras saturés, jugés uniques responsables.

1967 : une étude qui vient à point nommé pour le lobby du sucre

A l’aune de la hausse des maladies cardiovasculaires qui inquiètent dans les années 50, La SRF (Fondation pour la Recherche sur le Sucre) décide de redorer le blason de la substance sur le banc des accusés, comme l’explique le New York Times. En faisant appel à trois scientifiques de la prestigieuse université d’Harvard, la fondation que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’Association du sucre prend l’initiative de financer une analyse de la littérature scientifique pour dédouaner le sucre, un nouveau tremplin pour ce produit alimentaire qui lui aurait supposément coûté l’équivalent d’environ 50 000 euros aujourd’hui pour payer les trois chercheurs en question.

Ainsi, ses méfaits sur la santé auraient été minimisés comme l’explique LCI, rejetant la faute sur le gras et soulignant son rôle en tant que facteur de risque des maladies cardiovasculaires. Mark Hegsted, l’un des trois chercheurs rémunérés par l’ex-SRF deviendra même chargé de nutrition au sein du Ministère de l’agriculture américain. Publiés dans le New England Journal of Medicine les résultats font leur effet et marquent les esprits, “ les preuves contre le sucre apparaissent bien fragiles et les graisses saturées se révèlent le responsable le plus logique des maladies cardiaques” explique France Info.

2016 : révélations

Stanton Glantz, co-auteur de l’analyse qui relance le débat, passe en revue des documents internes appartenant à la SRF, déclarant que la fondation aurait intentionnellement financé des chercheurs pour étouffer les accusations contre le sucre. En analysant des milliers de documents provenant entre autres des archives de l’université d’Harvard, il aurait découvert que le lobby du sucre aurait payé des scientifiques pour affirmer que ce seraient les acides gras saturés qui augmentaient le risque de maladies cardiaques, et non le sucre, comme l’explique le Huffington Post.

Selon lui, ces manœuvres auraient “réussi à faire dérailler la discussion sur le sucre pendant des décennies”, soulignant que lorsque des synthèses d’étude sont publiées dans des revues aussi prestigieuses que le New England Journal, ces dernières “ont tendance à façonner l’ensemble de la discussion scientifique sur le sujet”, relaie France Info.

Une accusation que la communauté scientifique souhaite nuancer, mais que les auteurs de l’analyse revendiquent avec insistance, soutenant que “la falsification a durablement orienté la recherche et eu un impact durable sur les pratiques de l’industrie alimentaire”, selon BFMTV. L’ex-SRF quant à elle, dénonce une volonté de s’aligner sur une tendance “anti-sucre”, accusant Stanton Glantz d’avoir “recadré des occurrences historiques” à cet effet. Par ailleurs et comme l’explique Radio Canada, si le lobby admet qu’il aurait pu faire preuve de plus de transparence au niveau de sa recherche et de ses financements, il revendique que “la recherche des années 60 n’était pas faussée pour autant”, affirmant que de nombreuses études plus récentes indiquent que le sucre n’est pas seul responsable des maladies cardiovasculaires.

Entorses à l’éthique

Ce n’est pas la première fois que le lobby du sucre américain est accusé d’être intervenu dans des recherches scientifiques. LCI et le journal Le Monde rappellent qu’en 2015, l’Association du sucre aurait encore été au cœur du débat pour avoir supposément influencé un programme visant à lutter contre les caries dentaires dans les années 60 à 70, cherchant à prévenir d’éventuelles restrictions par les autorités sanitaires concernant la consommation de sucre. Et elle ne serait pas la seule à commettre de telles entorses. Le Monde revient également sur le cas du GEBN, un “réseau mondial sur la balance énergétique”, qui affirmait que les boissons sucrées ne contribuaient pas à l’obésité, sachant que parmi ses sponsors, on retrouvait principalement l’entreprise Coca Cola. L’agence de presse américaine, Associated Press, dénonce ces initiatives qui “se parent d’une autorité académique” grâce au financement d’études scientifiques qui relèvent plus de campagnes marketing que de recherches destinées au bien-être du consommateur.

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