Sommes-nous en train de voir grandir une génération d’inutiles ?

Chaque décennie, les codes changent et laissent les parents, jugés hors du coup, perplexes devant des attitudes qui leur paraissent étranges en comparaison avec leur jeunesse. « Sommes-nous en train d’élever une génération de jeunes inutiles ? » semblent-ils s’interroger.

C’est un débat séculaire dont vous étiez peut-être le sujet il y’a vingt ou trente ans. Et cela commence toujours avec un ton désapprobateur pour dire : « Les jeunes d’aujourd’hui… ». Seulement, y’a-t-il véritablement une différence avec ceux d’hier ?

La génération du tout, tout de suite

S’il y’a bien un grand bouleversement dans cette génération, c’est la consommation de l’information mais aussi des choses. A l’heure où l’on peut tout avoir à portée de clic, difficile d’envisager la patience quand les informations ne font que se bousculer. Aux yeux des aînés qui ne sont pas aussi bien initiés à ces technologies, voir un adolescent ou un jeune adulte avachi devant un écran semble ahurissant quand pendant ses jeunes années, c’était dehors qu’il faisait ses quatre cent coups.

Les partisans du moindre effort, vraiment ?

L’histoire du « Moi, à ton âge » a encore de beaux jours devant elle. Pour toutes les générations dites « anciennes », l’âge d’or a eu lieu pendant leur jeunesse et les vraies valeurs leur appartenaient. Ce que l’on reproche aux millenials ? Un désinvestissement dans la vie du foyer pour rester prostrés tout en se plaignant continuellement. Cette histoire du serpent qui se mord la queue est le résultat des parents, ayant eux-mêmes souffert de leurs aïeux qui ne reconnaissaient pas leurs mérites et leurs aspirations. Résultat : ces derniers ont voulu offrir le choix à leurs enfants qu’ils finissent par ne plus comprendre.

La génération boomerang

Alors que la crise économique finit par plonger toute une génération de jeunes adultes dans une précarité conséquente, ces derniers finissent par adhérer au phénomène Tanguy. C’est ce qu’on appelle l’effet boomerang, où malgré de longues études et des stages, on finit par loger chez ses parents car les moyens ne permettent parfois pas de payer un studio dans une grande métropole. Cet échec social est consolidé par la frustration du père et de la mère qui se sont parfois sacrifiés pour que leur progéniture puisse aussi avoir droit à ce qu’ils ont réussi à avoir par leurs propres moyens. Seulement, il existe une différence de taille entre ces deux générations, justement. Son nom ? Le sacrifice. A l’époque où l’on se battait pour avoir la part du lion, à savoir une maison, une voiture et un pavillon de vacances, cette jeune génération n’a qu’une seule devise en tête : allier la liberté à l’esclavage moderne. Un véritable choc des valeurs s’opère alors et crée une incompréhension d’un côté comme de l’autre. Car, oui, aujourd’hui, plus que jamais, on parle de l’équilibre entre vie personnelle et professionnelle alors qu’à l’époque, on ne l’a jamais conçu.

La fin de la méritocratie

Alors que cette valeur donnait des étoiles dans les yeux à ceux qui la défendaient, la méritocratie est aujourd’hui un mot qui tombe en désuétude. La raison est simple : les succès faciles sont de plus en plus glorifiés et médiatisés. Alors que certains voient sous leurs yeux stupéfaits des personnes lambdas devenir de véritables stars interplanétaires sans véritable talent, il devient difficile d’idéaliser le self made man qui a des années de dur labeur derrière lui. Et puis tous les métiers ont tendance à changer. N’en déplaise aux parents qui conçoivent le travail comme une série de douleurs contre lesquelles on ne peut échapper, un autre bouleversement est venu : le bonheur. Une félicité hors des sentiers battus qui peut être une chimère pour les aînés dont l’idéalisme peut flétrir au gré des désillusions.

La faute à qui ? À personne !

Comme dirait l’adage : « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Ainsi, cette génération n’est pas inutile mais foncièrement différente comme celle que nous étions pour nos parents. Ne blâmez pas Internet, le monde et les idéaux sont mouvants et une décennie ne ressemble jamais à la suivante. Dans le livre le plus lu du monde après la Bible, nous pouvons lire une parabole sur l’éducation. « Car leurs âmes habitent la maison de demain que vous ne pouvez pas visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux mais ne tentez pas de les faire comme vous, car la vie ne va pas en arrière ni ne s’attarde avec hier » Des mots de Khalil Gibran qui résonnent toujours avec l’actualité.

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