Coronavirus : 14% des personnes guéris dans une province de Chine sont testés positifs à nouveau

Apparu en décembre dans un marché de Wuhan en Chine, le nouveau coronavirus a contaminé plus de 500 000 personnes dans le monde, entraînant plus de 22 000 décès. Face à ce qui n’a pas tardé à être qualifié de pandémie par l’OMS, de nombreux pays ont vu leur population touchée, notamment en Europe, où le nombre de morts serait le plus important. Alors que le Vieux Continent est désormais au coeur de l’actualité en raison d’une situation critique en Italie et plus récemment en Espagne, la crise sanitaire semble s’atténuer en Chine, qui prévoit la fin de la quarantaine dans la province de Hubei le 8 avril prochain. Des experts ont toutefois appelé à plus de prudence concernant les critères de décharge des patients, puisqu’un peu plus tôt ce mois-ci, Reuters rapportait que “jusqu’à 14% des patients guéris dans la province de Guangdong avaient été testés positifs à nouveau”.

Selon l’agence de presse, des médecins de différentes régions en Chine auraient fait part de cas similaires. La situation ne serait donc pas exclusive à la province côtière du sud-est du pays. De nombreux patients auraient quitté les hôpitaux, guéris, puis seraient revenus en observation après avoir à nouveau été testés positifs au coronavirus. Ce serait notamment le cas dans la province de Wuhan, où selon les informations relayées par le South China Morning Post, “entre 3 et 10% des patients guéris ont été réinfectés par la maladie”, bien qu’il n’ait pas été précisé s’ils étaient contagieux la deuxième fois”.
Le virus reste silencieux dans le corps

Critères de décharge

En accord avec les recommandations de l’OMS publiées en janvier, les critères de décharge en Chine impliquent deux tests d’acide nucléique négatifs, opérés à 24 heures d’intervalle, ainsi que des indications de guérison clinique, à savoir la disparition des symptômes.
Le virus reste silencieux dans le corps

Le Dr Zhang Zhan, médecin à l’hôpital de Renmin à Wuhan estime que ces critères devraient inclure trois tests pour s’assurer de la guérison du patient. Pour la spécialiste, “il est plus fiable d’autoriser la sortie du patient après 3 tests négatifs consécutifs”.

A cet effet, elle aurait, en collaboration avec d’autres médecins, décidé de garder certains patients à l’hôpital, malgré deux tests d’acide nucléique négatifs. Sur les 18 cas retenus, 13 ont été déclarés positifs lors d’un troisième test.

Pour Qi Xiaolong, professeur en médecine, un troisième test pourrait être insuffisant. Interrogé par Reuters, ce dernier explique qu’à sa connaissance, certains hôpitaux en Chine ont déjà établi la nécessité de trois tests négatifs pour juger de la guérison des malades, mais malgré cela, certains seraient à nouveau testés positifs.

Le virus reste silencieux dans le corps

Différentes pistes considérées par les chercheurs

D’après les experts relayés par Reuters, plusieurs facteurs pourraient expliquer de nouveaux tests positifs après une “guérison”. L’une des pistes considérées serait une quantité insuffisante d’anticorps pour développer une immunité contre le virus, menant à une réinfection.

Interrogé par le New York Times, Florian Krammer, virologue à l’Icahn School of Medicine at Mount Sinai estime quant à lui que si la réinfection n’est pas impossible, elle reste peu probable dans un laps de temps aussi court, “Même les formes d’infection les plus légères doivent laisser au moins une immunité à court terme contre le virus chez le patient en convalescence », déclare le spécialiste. Reuters met également en avant la piste d’un virus “biphasique”, signifiant qu’il persiste dans le corps sous forme latente, avant de présenter des symptômes.

Un représentant officiel de la Commission nationale de la santé en Chine a souligné que les patients testés positifs suite à une “guérison” avaient été déclarés non contagieux, mais que cela n’empêche pas la nécessité d’approfondir les recherches sur le virus et d’améliorer le suivi et la gestion des patients ayant quitté l’hôpital. L’agence de presse révèle que la Chine ne serait pas le seul pays à faire face à des cas de réinfection.

En outre, certains mettent en avant la possibilité d’une erreur au niveau des tests. Marc Lipsitch, épidémiologiste à Harvard explique au New York Times qu’il est possible que les tests négatifs n’aient pas été réalisés correctement, ou que les échantillons aient été conservés à une température qui favorise la détérioration du virus. Selon Olivier Shwarz, directeur de l’Unité Virus et immunité de l’institut Pasteur,  « Le plus probable est que la charge virale avait baissé jusqu’à être sous le seuil de détection du test, puis a remonté ensuite ».

Le prélèvement de gorge pourrait également être mis en cause selon l’épidémiologiste, notamment si le “virus se cache ailleurs dans le corps”, puis d’ajouter “un test négatif n’est pas une certitude qu’il n’y a plus de virus chez une personne”.

Au vu des hypothèses et des questionnements émis par les scientifiques, il est prudent d’éviter toute conclusion définitive autour d’un sujet qui mérite des études plus poussées. Pour le professeur Pierre Tattevin, spécialiste des maladies infectieuses et réanimation médicale à Rennes, “ce coronavirus a déjà déjoué plusieurs pronostics, il faudra donc attendre avant d’avoir une réponse certaine et définitive ! ».

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