Phtalates, bisphénol A… : comment éviter que les plastiques ne migrent dans votre assiette

Après les phtalates et le bisphénol A, des microplastiques viennent d'être découverts dans le sang humain ! C'est dire si la pollution généralisée causée par ces résidus de l'industrie pétrolière est aujourd'hui préoccupante. En plus de leurs effets bien connus sur la fertilité, on les soupçonne de générer des cancers. La première mesure barrière pour le consommateur est de bannir tout contact avec les plastiques alimentaires. Comment s'en débarrasser et par quoi les remplacer ? Nos conseils.

Nous sommes nombreux à nous méfier des composants des plastiques, reconnus comme perturbateurs endocriniens, qui peuvent migrer dans les aliments. Ces plastifiants pétrochimiques interfèrent avec l’action de nos hormones, générant des troubles de la reproduction et parfois des cancers. Voilà pourquoi j’ai personnellement banni les bouteilles d’eau minérale, le film alimentaire, les sacs de congélation, les plats de service et autres boîtes de conservation en plastique pourtant si pratiques.

Je pensais être une bonne élève en matière d’évitement du plastique. C’était avant de m’entretenir en 2021 avec la journaliste Corinne Lalo, à l’occasion de la sortie de son dernier livre coup de poing, Le Grand désordre hormonal. Focalisée sur l’aspect local, bio ou artisanal, j’avais encore dans mon frigo des produits du terroir emballés « sous vide » avec du plastique : cuisses de canard confites, magrets, pâtés… « Mieux vaut privilégier ce qui se présente en terrine ou à la découpe, surtout pour les produits gras qui attirent particulièrement les composants liposolubles des plastiques », indique Corinne Lalo.

Corinne Lalo rappelle le danger de cuisiner avec des ustensiles ou des récipients en plastique (plat à tarte en silicone, spatules). « On voit parfois à la télévision de grands chefs emmailloter leurs préparations dans des films plastiques pour passer à la cuisson.

C’est à mon sens une folie. »

Vaisselle en plastique

Vaisselle en plastique – spm

 Les emballages et ustensiles à éviter le plus possible

Pour bien faire, il faudrait idéalement presque tout bannir :

  • Les pots de yaourts, les bouteilles de lait et d’huile, les flacons souples
  • (Mayonnaise…)
  • Les plats cuisinés (bon nombre de produits sont scellés lorsqu’ils sont encore chauds)
  • Les bouilloires, passoires, planche à découper ou filtres à café en plastique
  • Les briques en carton, recouvertes d’une fine pellicule de polymère sur la paroi en contact avec l’aliment (PET)
  • La vaisselle jetable : assiettes, barquettes, gobelets en carton imperméabilisé
  • Les boîtes de conserve et les canettes, à cause du revêtement interne en résine époxyde (bisphénol A. B. S.…)

Complétez la liste ! Le point commun reste encore et toujours le plastique.

Le danger des perturbateurs endocriniens

La journaliste d’investigation a eu le temps de se forger une opinion sur la redoutable toxicité des perturbateurs endocriniens relargués par les plastiques, pas seulement alimentaires. Les 500 pages du Grand désordre hormonal, documentées par des études scientifiques, ont ravivé ma vigilance !

D’après Corinne Lalo, les perturbateurs endocriniens ne sont pas seulement reprotoxiques, c’est-à-dire pouvant altérer la fertilité de l’homme comme de la femme et de l’enfant à naître. Ils sont aussi LE fil rouge de la quasi-totalité de nos maladies de civilisation : en déréglant le système hormonal, ils peuvent provoquer le diabète, l’obésité, les maladies de la thyroïde, les leucémies, l’asthme, les allergies, les troubles comportementaux et du développement cérébral… et même selon elle des troubles de l’orientation sexuelle.

La grande famille des perturbateurs endocriniens se compose de six polluants (les « 6 P»): les Pesticides (les phytosanitaires), les Plastifiants, les Pharmaceutiques (médicaments et additifs alimentaires), les Perfiuorés (Teflon, emballages en papier et carton pour le contact alimentaire), les Parabènes et les Polybromés.

Parmi ces « 6 P », les pesticides et les plastifiants sont les plus incriminés dans ce qui a été baptisé « le krach du sperme », d’après le titre choc de l’ouvrage du médecin Pierre

Dutertre et du journaliste scientifique Gérald Messadié, qui étudie les causes de la chute libre du nombre de spermatozoïdes chez une majorité d’hommes.

Les deux principaux plastifiants surtout considérés comme dangereux pour la santé spermatique des hommes sont là encore le bisphénol A (BPA) et les phtalates, composants majeurs des plastiques : le BPA est présent dans les plastiques durs et les phtalates le sont dans les plastiques mous.

Certains plastiques moins toxiques ?

La migration des substances problématiques peut dépendre de l’usage. Le verre en plastique de jus de fruits sera a priori moins toxique que le gobelet de café brûlant pris à la cafétéria. La chaleur, la durée de contact et le type de cuisson peuvent aggraver le processus de contamination avec les aliments (carton rouge au micro-ondes D). La nature de l’aliment joue également : plus le produit est gras, plus il attire les particules toxiques (huile, fromage, plats cuisinés).

Les industriels ne ménagent pas leurs efforts pour stabiliser la matière d’emballage et doivent composer avec une législation complexe. Il existe différents codes pour les plastiques, visibles sur l’emballage. On trouve sur Internet des sites qui vous aident à faire la différence entre les plastiques à forte migration et ceux qui sont considérés comme plus « stables ».

Sur le papier, ça parait clair. Mais la réalité dans les rayons est plus opaque : par exemple, mon pot de yaourt Casino bio ne mentionne aucun code, mais indique simplement « pot de plastique à jeter ». Le sachet repas pour mon chat indique le code 90 (C/PP) et je n’ai rien trouvé à ce sujet sur le web… Sans doute du PP (5) mélangé à autre chose. C’est en tout cas « à jeter ». Bref, beaucoup d’informations pas très appréhendables par le grand public.

De plus, personne n’est à l’abri d’un mauvais usage de ces contenants.

Par exemple, le PET est le seul plastique à pouvoir passer au micro-ondes « sans risque » (du moins officiellement). Tous les autres sont soit déconseillés pour cet usage (2.5, 6) soit à bannir absolument (3,4). Si le PET résiste à une température maximale de 100°C. Les autres oscillent entre 60 et 75 °C.

« Faire la distinction entre tous les plastiques auxquels nous sommes confrontés au quotidien représente un casse-tête pour le consommateur.

Au final, il s’agit tout de même de plastique et cette matière finira toujours par se dégrader et par relarguer des perturbateurs endocriniens dans notre assiette ou sur la planète. Pour ma part, je recommande plutôt d’avoir une démarche d’exclusion la plus large possible », tranche Corinne Lalo.

C’est d’autant plus pertinent que la recherche toxicologique a toujours un train de retard sur la commercialisation des molécules pétrochimiques. Si le Bisphénol A est aujourd’hui banni de tous les contenants alimentaires (comme les biberons) à cause de ses effets reprotoxiques et cancérigènes, différents fabricants l’ont remplacé par d’autres produits, comme le bisphénol B ou le bisphénol S. Ils vantent parfois l’absence de bisphénol A sans préciser son remplaçant… potentiellement plus nocif. À noter que pour les boîtes de conserve et les canettes, le bisphénol A est toujours autorisé dans l’Union européenne.

Contenant en plastique

Contenant en plastique – spm

Jusqu’à 52 000 particules de microplastiques ingérées par an

Le recyclage du plastique est possible, mais selon un rapport du WWF de 2019, seuls 22 % des déchets plastiques sont recyclés en France, et le pays contribue au rejet de 80 000 tonnes de plastique dans la nature chaque année ! Les microplastiques contaminent-ils désormais toute la planète, du sommet de l’Everest aux océans les plus profonds ? Les résidus et microplastiques sont ensuite absorbés par les poissons, les animaux en général, et bien sûr, les humains…

Une étude de 2019 avait montré que les Américains ingéraient jusqu’à 52 000 particules de microplastique par an ! Les personnes qui respectent la consommation d’eau recommandée, uniquement via un approvisionnement en bouteilles, peuvent ingérer 90000 microplastiques supplémentaires par an…

Une autre étude parue tout récemment, fin mars 2022, vient même de montrer la présence de ces résidus dans le sang humain.  Les scientifiques ont analysé des échantillons de 22 donneurs anonymes, tous des adultes en bonne santé, et ont trouvé des particules de plastique chez 17 des donneurs volontaires, soit 80 %. La moitié des échantillons contenait du plastique PET, un tiers contenait du polystyrène. Un quart des échantillons de sang contenait du polyéthylène, à partir duquel les sacs en plastique sont fabriqués.

Des travaux antérieurs avaient montré que les microplastiques étaient 10 fois plus nombreux dans les fèces des bébés que chez les adultes et que les bébés nourris avec des biberons en plastique avalent des millions de particules de microplastique par jour. Corinne Lalo mentionne une étude de 2020 sur les enfants autistes : ils affichent un taux de bisphénol A significativement supérieur à celui des enfants en bonne santé, et présentent parallèlement moins d’hormones sexuelles dans le sang. Vous l’aurez compris, il est urgent d’agir à titre individuel pour protéger les générations futures !

Parmi les bonnes alternatives

  • Utiliser des ustensiles ou contenants en verre, céramique, bois ou encore en inox et fonte émaillée.
  • Préférer les conserves en bocaux
  • Remplacer le film alimentaire par une assiette ou un emballage 100 % papier ou en cire d’abeille (Bee Wrap). Chez le boucher ou le fromager, amener des contenants pour éviter les papiers plastifiés.
  • Utiliser des filtres en papier, en inox ou en tissu pour le café et les infusions.
  • Apporter sa tasse au bureau.
  • Acheter des aliments en vrac en apportant ses propres contenants (bocaux en verre, ou sachets en tissu réutilisables).
  • Pour la vaisselle jetable, il existe des assiettes et couverts en matière 100 % végétale et compostable (palmier).

Les fausses alternatives, à éviter

  • La vaisselle en bambou : elle contient de la résine mélaminique et du formaldéhyde, suspectés de migrer vers l’alimentation. C’est donc une matière faussement.
  • Les « bio plastiques » (biosourcés ou biodégradables) : « Un bioplastique peut être biodégradable, mais fabriqué à partir de pétrole. À l’inverse, un bioplastique peut être d’origine végétale, mais non biodégradable. En fait, qu’il soit synthétisé à partir de la biomasse ou du pétrole, un bioplastique reste une résine plastique », explique le site ecoconso.bedans son dossier, Malheureusement, la biodégradation et le compostage domestique s’avèrent souvent partiels et produisent, encore, des microplastiques.

Des labels émergent : « OK Compost Home » (compost ménager) est ainsi à préférer à « OK Compost » (compost industriel) à OK Biodégradable à (sol, eau ou milieu marin) garantit quant à lui la compatibilité d’un bioplastique avec un certain type d’environnement.

  • Le papier et les barquettes en aluminium : de faibles particules peuvent être transférées vers les aliments, notamment lorsque l’aluminium est exposé à la chaleur (chauffage au four); en cas de pH acide (sauce tomate)
  • Les emballages en papier ou en carton pour les denrées alimentaires sèches (riz, pâtes, pizza…) : dans un avis publié le 9 mai 2017, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a en effet révélé que les huiles minérales présentes dans les encres et adhésifs des conditionnements en papier et carton migrent elles aussi. Depuis, j’évite de jeter au compost tous les sacs en papier qui reviennent des courses, même ceux qui sont éco-certifiés, car ils sont issus de la filière recyclage, forcément contaminée… Compte tenu du caractère génotoxique et mutagène des huiles minérales, l’Anses recommande l’utilisation de barrières permettant de limiter la migration PET, acrylate, polyamide… Retour au plastique ? La solution pour le consommateur est là encore de privilégier au maximum les aliments en vrac et d’apporter ses propres contenants.

 Les différents « codes plastiques »

  • A éviter : les plastiques codés 1 (PET, polytéréphtalate d’éthylène), 3 (PVC), 6 (polystyrène) et 7 (divers) ?
  • Les moins migrants : les codes 2 (PEHD, Polyéthylène à Haute Densité), 4 (LDPE, polyéthylène basse densité) et 5 (PP).

Un impact sur notre orientation et notre identité sexuelle ?

La contamination in utero par les perturbateurs endocriniens, et notamment les plastiques, peut-elle avoir une influence sur notre futur comportement sexuel ? C’est ce que suggèrent plusieurs recherches documentées par Corinne Lalo. De nombreux chercheurs évoquent la piste neuro-hormonale dans la genèse de notre sexualité : la différenciation des organes (premier trimestre de grossesse) est en effet suivie d’une différenciation sexuelle du cerveau, également dépendante des hormones (deuxième moitié de la grossesse). Cette seconde différenciation pourrait influencer notre orientation sexuelle, au-delà des caractères physiques.

Une perturbation chimique exercée par un polluant pourrait donc d’une part modifier l’embryogenèse des organes (jusqu’à l’intersexualité), et d’autre part entraîner des changements d’identité ou d’orientation sexuelle.

« Si le débat est entré sur la place publique, c’est parce que les ambiguïtés des organes génitaux à la naissance se sont multipliées, explique Corinne Lalo. L’idée que l’orientation sexuelle ou de genre puisse être influencée par une exposition à des toxiques environnementaux est encore un sujet sensible, pour ne pas dire tabou. De même qu’il est abusif de qualifier de trouble mental l’intersexualité ou l’homosexualité l’explication biologique des comportements sexuels ne peut justifier une quelconque stigmatisation. Elle doit au contraire faciliter l’acceptation des différences et la lutte contre les discriminations. »

Le phénomène de l’homosexualité et du transsexualisme a été observé chez les enfants de mère qui ont été exposées à des perturbateurs endocriniens d’origine médicamenteuse (distilbène, hormones de synthèse de la thyroïde, antiépileptiques, coupe-faim amphétaminiques Mediator et Isoméride).

Chez les animaux le phénomène de modification de comportement sexuel a été documenté avec plusieurs polluants hormonotoxiques : mercure, PCB, DDT (insecticides) mais aussi phtalates et bisphénol A. Ces changements pourraient s’expliquer par des perturbations de l’activité de l’hypothalamus, notamment au niveau du « noyau préoptique ». En cas de contamination, les récepteurs des hormones sexuelles y seraient sous-exprimés.

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