Par Laurence Oiknine, directrice de la publication
Je suis journaliste depuis les années quatre-vingt. J’ai passé près de dix ans à France Soir, puis je suis allée à Femina, puis j’ai dirigé la rédaction de Version Homme. Je dis cela pour une seule raison : j’ai appris ce métier à une époque où l’on signait ce qu’on écrivait, où l’on relisait avant de publier, et où un titre devait tenir ce qu’il promettait.
Quand j’ai pris la direction de Santé+ Magazine, j’ai fait ce que fait n’importe qui à cette place : j’ai lu le site. Pas la page d’accueil — les archives. Des centaines d’articles, pris au hasard, sur quatorze ans.
Je n’ai pas aimé ce que j’ai lu.
Ce que nous avons fait de mal
Santé+ Magazine a publié des articles de santé sans avoir de rédaction médicale. Nous avons expliqué des symptômes, décrit des maladies, présenté des aliments et des plantes comme des remèdes. Nous avons publié des régimes. Nous avons publié de l’astrologie et de la numérologie à côté d’articles qui se voulaient sérieux, sans jamais dire au lecteur où passait la frontière.
Nous avons écrit des titres qui promettaient plus que le texte ne tenait. Nous avons publié des contenus commerciaux qui n’étaient pas assez clairement identifiés comme tels. Nous avons publié sous des signatures qui ne correspondaient à personne.
Rien de tout cela n’a été fait par malveillance. Cela a été fait parce que ce site vit de la publicité, que la publicité paie au volume, et que le volume finit par décider à la place des gens. C’est une explication. Ce n’est pas une excuse — et pour être franche, c’est l’excuse de tous ceux qui ont dérivé de la même façon.
Ce que nous avons fait
Nous avons supprimé. Pas corrigé, pas nuancé, pas mis à jour : supprimé.
Tous les contenus de santé sont sortis du site. Les remèdes, les régimes, les compléments présentés comme des soins. L’astrologie, la numérologie, tout ce qui relevait du divinatoire. Les signatures qui ne correspondaient à personne ont été retirées et les articles renvoyés à la rédaction. Les anciens contenus commerciaux ont été regroupés à part, identifiés, sortis des résultats de recherche.
Cela représente des milliers d’articles. Ce sont autant de pages qui rapportaient et qui ne rapportent plus rien. Je le dis parce que la question sera posée : oui, cela a coûté cher, et non, nous n’avons pas trouvé d’autre solution. Je ne vois pas comment on peut corriger un à un des milliers d’articles qui n’auraient jamais dû être écrits.
Ce que nous faisons maintenant
Santé+ Magazine est aujourd’hui un magazine de vie quotidienne. Nous écrivons sur les astuces de maison et l’entretien, la cuisine, la psychologie et les relations, la beauté, la vie pratique numérique, les animaux, l’exercice à la maison.
Ce sont des sujets modestes. Je les revendique. On peut faire du très bon travail sur la façon de détacher un vêtement ou de couper court à une dispute de couple, et on peut le faire honnêtement, ce qui n’était pas garanti sur les sujets que nous traitions avant.
Le mot « santé » reste dans notre nom. Il y est depuis quatorze ans et le retirer reviendrait à effacer notre propre histoire, ce que je n’ai pas envie de faire. Mais il ne dit plus ce que nous faisons, et c’est pour cela que nous l’écrivons partout où c’est nécessaire : nous ne publions plus d’information médicale, et rien de ce que nous écrivons ne doit servir à décider de sa santé.
Quatre personnes composent aujourd’hui la rédaction. Elles sont nommées, avec leur parcours, sur la page de la rédaction. Neuf professionnels — coiffeurs, coloristes, prothésistes ongulaires, spécialistes de l’entretien, un dermatologue — acceptent de répondre à nos questions et de nous dire quand nous nous trompons. Aucun article ne part en ligne sans avoir été relu par quelqu’un d’autre que son auteur.
Nous publions beaucoup moins qu’avant. C’est voulu.
Ce que je vous demande
Ce travail n’est pas terminé. Il reste sur le site des articles anciens que nous n’avons pas encore relus, et il en reste sûrement que nous jugerions inacceptables. Je préfère l’écrire que laisser croire le contraire — vous finiriez par en trouver un, et vous auriez raison de nous le reprocher.
Si vous en croisez un, dites-le nous. [email protected], avec l’adresse de la page. Nous corrigeons, nous datons la correction, et nous l’écrivons dans l’article. Quand une correction change le sens de ce que nous avions publié, nous l’inscrivons sur notre page corrections, qui est publique. C’est le seul moyen que je connaisse de rendre une promesse vérifiable.
Je ne vous demande pas de nous croire sur parole. Je vous demande de regarder ce que nous publions à partir d’aujourd’hui, et de nous juger là-dessus.
Laurence Oiknine
Directrice de la publication, Santé+ Magazine
1 août 2026