Trois jours dans le noir : J’ai testé la thérapie par l’obscurité

Opinion

Calme profond, régénération cellulaire et accès à des niveaux de perception élevés : tels seraient les effets d’une retraite dans l’obscurité. Pratiquées depuis des temps immémoriaux, encore présentes dans de nombreuses traditions, les retraites de méditation dans le noir total allant de trois jours à plusieurs mois auraient procuré une nouvelle jeunesse à certains et l’illumination à d’autres. On se devait de tester cette ancienne médecine du corps et de l’esprit… Notre journaliste-expérimentateur a osé relever le défi !

Ça y est, j’y suis ! Dans le noir absolu depuis une demi-heure. Mon rêve depuis des semaines. Quitter quelques temps ce trop-plein d’images, d’informations contradictoires et de peurs. Revenir à l’intérieur, dans le calme d’une nuit qui se prolongerait un peu plus qu’une nuit, histoire de me reposer des sollicitations du monde… Faire silence. Éteindre la lumière autour pour la retrouver à l’intérieur. Et me régénérer…

Les retraites dans l’obscurité sont communes à de nombreuses cultures, de l’Ayurveda, la médecine traditionnelle indienne, au bouddhisme tibétain en passant par le taoïsme et les rites initiatiques de nombreux peuples autochtones. Se retirer quelques jours, quelques semaines voire quelques mois et même plusieurs années dans l’obscurité semble être une pratique multimillénaire, peut-être un savoir inné de l’humain. La nuit porte conseil, dit-on. Et si elle durait trois jours, une semaine ou plus, deviendrons-nous tous de grands sages ?

La glande pinéale au centre de notre cerveau se réveille 

Les neurosciences disent qu’à cette occasion, il se passe bel et bien quelque chose de spécial en nous. Dans l’obscurité, la glande pinéale au centre de notre cerveau se réveille, sécrétant des doses accrues de mélatonine, le neurotransmetteur du sommeil, aux vertus apaisantes, anti oxydantes, détoxifiantes et stimulantes du système immunitaire. Un peu plus tard, au-delà de six jours, c’est au tour de la DMT d’augmenter. La diméthyltryptamine (DMT) est cette substance psychotrope, produite naturellement en petites quantités par le cerveau, et également contenue en grandes quantités dans l’ayahuasca, la plante maîtresse des chamanes d’Amazonie. Pour certains experts comme le célèbre Dr Joe Dispenza, spécialiste américain des états modifiés de conscience et de la stimulation de la glande pinéale en particulier, la DMT est la molécule de la vision intérieure, celle de l’ouverture à l’invisible, au monde des esprits capables de nous enseigner des vérités secrètes. Nous reviendrions de ces voyages avec l’inspiration, une conscience plus élevée, un cœur tranquille et peut-être quelques limitations émotionnelles en moins.

Mais comment faire pour s’accorder cette possibilité ? Pendant des semaines, j’ai pensé à une grotte. Il y en a dans la région où je vis. Renseignement pris auprès d’un spécialiste, Hervé Sempéré, spéléologue qui a accompagné pendant plusieurs années des retraites de neuf jours en groupe dans le « ventre de la terre », je sais qu’il me faut trouver une caverne qui soit accessible équipé d’un sac à dos, absolument obscure, sèche et dotée d’un espace plat suffisamment large et haut pour y dormir et y faire un peu d’exercice. J’en visite plusieurs. Toutes ont leur charme, mais aucune ne remplit ces critères. Et puis, m’a dit Hervé, il faut prévoir de l’eau, un peu de nourriture et des sacs en plastique fermables avec de la sciure dedans pour y faire mes besoins et ne pas les laisser sur place. Sans oublier de demander à une âme bienveillante de venir me chercher à la fin de mon séjour, car je perdrai la notion du temps. Toute une logistique…

Deux studios spécialement aménagés 

Si l’on ajoute à ces détails techniques une température plutôt fraîche – aux alentours de 12°C sous terre, cela fait beaucoup de contraintes en plus de celle de me passer de la vision ! Après quelques essais de méditation dans diverses excavations, j’ai renoncé à cette option et cherché sur Internet des lieux spécialement dédiés à ce genre d’expériences. Il en existe en effet, en Amérique Centrale, en Thaïlande ou ailleurs… Mais bien peu en Europe.

En France, je n’en ai trouvé qu’un seul ouvert au public. Il se trouve à Saint-Just-d’Avray, un village situé à 600 mètres d’altitude, à une heure au nord-ouest de Lyon. C’est une maison toute en pierres à deux pas de la place de l’église. Elle dispose de deux studios, spécialement aménagés pour les retraites en chambre noire : un grand lit, une table, un fauteuil relax, un tapis de yoga, un coussin de méditation, des toilettes, un coin cuisine et surtout des vitres calfeutrées et une trappe murale fermée des deux côtés, pour faire passer un plateau repas sans que le moindre filet de lumière ne passe.

La maison mitoyenne, plus grande, est le lieu d’habitation des propriétaires. Ils sont affiliés à une voie initiatique, le Hridaya Yoga, qui détient deux centres de retraites dédiés à des pratiques corporelles et spirituelles, l’un au Mexique, l’autre parmi les collines du sud du Beaujolais, à quelques kilomètres du village où je vais vivre mon expérience. Pour avoir le droit d’y séjourner, j’ai dû remplir un questionnaire afin de vérifier si mon état mental est équilibré et si je pratique un art interne ou une technique de méditation. Pour vivre sereinement ces moments d’obscurité, il est conseillé de rester pleinement conscient, connecté au corps, en pratiquant par exemple des postures de yoga et en méditant. Il est également conseillé de ne pas être en dette de sommeil à l’arrivée. Avec une sécrétion accrue de mélatonine, il serait dommage de passer un temps si précieux à dormir…

Éprouver le sentiment d’être 

Je suis arrivé à 18h. Bérengère, jeune professeure de yoga à la voix feutrée, m’invite à chuchoter lors de la visite des lieux pour ne pas déranger l’autre retraitant à l’étage au-dessus. Elle ferme les volets, applique sur chaque fenêtre un isolant noir en mousse puis pose un épais drap noir autour du cadre à l’aide de ruban Velcro. Enfin, elle ferme les rideaux. Quand elle se sera retirée, je poserai moi-même un grand drap noir autour de la porte d’entrée de ma chambre… L’obscurité sera totale dès que la lumière sera éteinte.

Un peu fébrile, je lui demande quelques conseils pour tirer le meilleur parti de l’expérience. « Au centre Hridaya, me dit-elle, on suggère de mettre à profit le temps disponible pour méditer, centré sur le cœur et la respiration. Et de poser la question du maître indien Sri Ramana Maharshi : « Qui suis-je ? ». L’intention est d’éprouver le sentiment d’être.» Simplement être, en amont de toute mentalisation…

Le silence est également conseillé. Autant pour favoriser le centrage intérieur que pour ne pas déranger la tranquillité de mon voisin du dessus.

Impression d’être dans un cocon 

Se mettre dans une chambre obscure

Se mettre dans une chambre obscure – source : spm

Après avoir disposé mes effets avec soin et mémorisé leur emplacement, j’éteins lumière et téléphone, pour me tester. Faisant le tour de mon nouvel espace, je tâtonne pour trouver les divers objets dont j’aurai besoin. Tout fonctionne. Je suis bien dans le noir, un peu grisé même. Nulle envie de rallumer. L’obscurité m’est familière. J’ai l’impression d’être dans un cocon. Le sommeil profond me gagne rapidement…

Premier matin dans l’obscurité. La nuit a été très reposante. Six heures sonnent à l’église. J’ai moins de pensées que d’habitude. Zéro stress. Soudain, je réalise que j’ai oublié d’envoyer un SMS important. Dois-je interrompre ma retraite à peine commencée ? Il est conseillé de ne pas le faire. La question me taraude. C’est fou comme de petits riens prennent de l’importance dans le noir ! Au bout d’une demi-heure d’hésitation, je tranche, allume mon mobile, le regarde à peine, rédige le plus vite possible mon message et éteins, cette fois jusqu’à la fin de mon séjour. Puis je m’assois pour méditer. Nouvelles idées parasites. Une situation qui m’a agacé récemment me revient à l’esprit. Il y a si peu de stimulations, si peu pour faire diversion de mes pensées que je ne peux les ignorer. Et ce n’est pas confortable. Je laisse la colère m’envahir. Finalement elle passe…

Je me sens intensément vivant. Ce matin, j’ai pratiqué des mouvements de Qi gong tout simples en respirant en cohérence cardiaque pendant un temps infini – une demi-heure, une heure, peut-être plus – sans la moindre lassitude. C’est si bon de sentir le corps en mouvement ! Rien ne manque. Puis j’ai pratiqué des postures de yoga dynamiques avec un niveau de concentration inédit. La douche froide dans le noir qui a suivi m’a procuré une joie intense. C’est un plaisir ineffable que de sentir simplement son corps. Hyper-sollicité par mes sens externes, je ne savais pas à quel point il est bon d’être en vie.

Le noir semble plein de lumières 

Une chambre noire

Une chambre noire – source : spm

Mes yeux cherchent à regarder. Quand je les ouvre, j’ai l’impression de voir. Le noir semble plein de lumières. Mais que-vois-je ?

La petite trappe s’est ouverte. Mon premier repas est servi. Je mâche lentement, religieusement comme jamais je ne le fais de jour. L’après-midi, mon état intérieur change et j’éprouve quelques moments d’ennui. Puis la colère revient. Toujours la même scène. Cette fois, je ne laisse pas l’émotion me diriger. Comme le proposent plusieurs méthodes de régulation émotionnelle, je me connecte aux sensations de mon corps. Je le laisse prendre la main. Des tensions montent, se déploient puis s’apaisent subitement… La colère fait place à la tristesse. Nouvelles sensations désagréables que je laisse se déployer. Puis c’est le tour de la pitié, pas franchement heureuse… Jusqu’à l’apaisement total dans un sentiment de tendre bienveillance. L’amour quoi ! Le reste de la journée – ou de la nuitée – se passe dans la ferveur. Par moment, j’ai des sensations d’énergie, dans la gorge, au sommet du crâne ou ailleurs. Et puis quand je regarde d’une certaine façon l’obscurité, je vois comme des particules de lumière qui bougent dans tous les sens. Je suis au milieu d’une nuit d’étoiles filantes ! Ce spectacle me ravit. Je le contemple longuement.1

Un étonnant silence mental 

Deuxième jour : réveil morose dans un corps douloureux. Première pensée : encore deux jours ! Mon mental tricote, trouve une explication : le repas d’hier ! Trop de ceci, pas assez de cela. Sauf qu’accuser les circonstances ne règle pas mon problème. Au bout d’un moment, comme je suis plus conscient de mes propres pensées que d’ordinaire, je réalise que j’entretiens mon malaise au lieu de l’apaiser. Alors de nouveau, je décide de simplement laisser s’exprimer mon corps, d’être avec lui. Grâce à l’obscurité, ma connexion intérieure est totale, inconditionnelle. Rien ne me distrait de mes sensations.

Alors ce corps dit tout ce qu’il a à dire sous forme de tensions : ses peurs, son ennui, sa révolte. C’est désagréable, certes, mais rien en moi ne cherche à contrarier ces manifestations inconfortables. Une première série de tensions se déploient, s’amplifient puis s’apaisent, suivie d’une autre puis encore d’une autre. Et puis soudain, tout se détend. Je suis dans un corps heureux, apaisé, toute douleur disparue. Le reste de la journée se déroulera dans une joie sans mélange, une jouissance du simple fait d’être en vie. J’ai laissé faire mon corps, il a réglé le problème. C’est décidé. Désormais, je vais lui laisser mener la danse. J’arrête de penser à tout va.

C’est ainsi que les dernières 48 heures de ma retraite se déroulent dans un étonnant silence mental et une connexion permanente au corps. Les rares idées qui me viennent sont créatives et joyeuses. Des heures durant, je pratique le Qi gong, la cohérence cardiaque, le yoga ou la méditation assise, connecté au souffle et aux sensations corporelles, juste dans la conscience et le bonheur de me sentir être… Parfois, le corps entre dans un mouvement spontané, délié, agréable, comme s’il avait trouvé de lui-même le chemin pour se faire du bien.

Matin du quatrième jour : c’est la fin de ma retraite. J’ouvre doucement les volets d’une fenêtre. Malgré le jour gris, la lumière semble d’une intensité saisissante. Pris d’un léger vertige – j’étais prévenu – je m’assois un long moment avant de sortir dans le jardin pour profiter du jour naissant. Les couleurs des plantes me semblent d’une intensité incroyable, à peine soutenables. Il me faut m’asseoir de nouveau. Les veines du bois de la table du jardin offrent à ma vue un luxe de détails, un univers tout entier. Impossible de regarder du côté du soleil levant. La lumière est trop forte. Dans les montagnes majestueuses alentour, le vert sombre des sapins m’enchante et me soulage les yeux. Ce monde est d’une insondable beauté.

Dans l’antichambre de l’amour inconditionnel

J’ai pris la route. En pleine lumière, je m’adapte. Dans les sous-bois, je me sens à l’abri. Je vois mille détails qui m’avaient échappé à l’aller. Le bord de la route est peuplé de myriades de petites vies. J’ai beau conduire, je vois partout à la fois, en mode panoramique. Ma vision, dans le noir, s’est défocalisée. Embrassant la totalité, j’oublie d’apprécier les détails de la route, les distances, les vitesses, ce qui me vaudra quelques montées d’adrénaline dans des virages serrés. Plusieurs fois je dois me rappeler à l’ordre, à une vision centrale, efficace. Pour autant, je ne voudrais pas perdre la détente profonde liée à l’attention ouverte. Je veux être capable de la retrouver chaque fois que les nécessités du moment ne me ramèneront pas à la vision centrale.

Un arrêt dans une aire d’autoroute me donne l’occasion de vivre une expérience particulière. J’entre dans la station pour payer mon essence. Comme dans le jardin, comme sur les routes forestières, des milliers de couleurs sollicitent mon attention. Sauf qu’au lieu de fleurs, ce sont des boites de chewing-gums, des boissons, des sandwichs et des bidons de liquide lave-glace qui m’appellent, tandis que la musique me semble d’une puissance inouïe. L’impact est à la limite du supportable. Que regarder, où regarder ? Je réalise que mon attention focalisée en vision centrale pour les besoins de la conduite ne sait plus où se poser.

Alors j’opte, en conscience, pour l’attention ouverte et embrasse la totalité du champ de perception. À l’instant même, tout s’apaise, tout est accueilli, tout est le monde. Il n’est plus question de diversité mais d’unité. Et l’ombre de jugement que je projetais sur la dame qui me précède à la caisse au vu de ses achats – que des produits ultra transformés et ultra sucrés – me quitte à l’instant même. C’est ce qui est. Me voilà dans l’antichambre de l’amour inconditionnel. La spiritualité, c’est aussi de la physiologie. Voilà pourquoi les pratiquants spirituels sont épargnés par bien des maladies liées au stress.

« Tes yeux sont différents ! » 

Mais voici mon tour ! Pour être efficace, je centralise mon regard sur le caissier qui me salue et m’indique le prix, puis sur l’appareil où je dois introduire ma carte bleue. Promis, je reprendrai mon attention défocalisée dès que je n’aurai pas à être efficace. Je comprends mieux ce qui est conseillé parfois dans le monde des arts martiaux : cultiver la souplesse attentionnelle, cette capacité à passer en quelques millisecondes d’une attention ouverte, permettant de percevoir tous les signaux de l’environnement à la vision centrale, gage de vitesse et de précision chirurgicale avant de revenir aussitôt à cette attention ouverte qui permet le relâchement et la détente après l’action vigoureuse… jusqu’à l’action suivante, aussi vive et précise que vaste a été le bref moment de relâchement.

Je rentre à la maison. Le jardin est lumineux. Quelque chose a changé. Ma vision est plus nette. Mon entourage me regarde avec un brin de curiosité. « Tes yeux sont différents ! » « Tu as l’air détendu. » « C’est drôle. Tu parais plus jeune. » Que ce serait-il passé si la retraite avait duré quarante jours ? Plusieurs semaines après cette expérience, il en est resté quelque chose : un regain d’énergie, plus de détente et la résolution ferme de ne pas me quitter, de ne plus fuir l’expérience du réel par la pensée compulsive et de me tenir à l’essentiel. Ma conscience corporelle et émotionnelle aussi semble plus affûtée. Et j’ai acquis une nouvelle habitude, celle de revenir aussi souvent que possible à la vision périphérique, cette attention ouverte qui apaise l’agitation mentale, éloigne les jugements et détend le corps.

Les effets physiologiques de l’obscurité 

En réponse à l’absence de lumière, la glande pinéale sécrète de la mélatonine. Outre la régulation des rythmes circadiens – veille, sommeil – cette neurohormone a de multiples fonctions.

Elle agit comme un antioxydant, détruisant ou inhibant directement l’action de certains radicaux libres dans les cellules saines et stimulant la sécrétion d’enzymes antioxydantes. Des propriétés qui la font contribuer à certains processus de détoxification. À l’inverse, par un mécanisme encore mal compris, elle favorise l’apoptose – c’est-à-dire le suicide – des cellules tumorales. Des expériences menées par des scientifiques russes sur des souris montrent qu’elle possède aussi des propriétés radioprotectrices.

D’autres menées sur des rats montrent une action anxiolytique en lien avec une régulation du cortisol, l’hormone du stress. C’est ainsi qu’au cours des premiers jours dans le noir, les personnes se détendent et dorment généralement beaucoup. Pour Anoula Sifonios, qui guide des retraites dans le noir en Inde et en Thaïlande, les bienfaits de l’obscurité ne s’arrêtent pas là : « Sous l’effet des antioxydants, toutes les cellules se trouvent régénérées en profondeur. Il semble même que les télomères, ces marqueurs de l’âge biologique qui s’amenuisent chaque année, au contraire grandissent. Cela montre que le temps s’est inversé, rajeunissant littéralement le pratiquant ». D’après Mantak Chia, enseignant de pratiques taoïstes internationalement renommé, à partir du troisième jour, la sécrétion de pinoline (une molécule qui serait produite dans la glande pinéale) affecte les neurotransmetteurs du cerveau, permettant à des visions de se manifester dans la conscience.

Puis à partir du sixième jour, la sécrétion de 5-méthoxy diméthyltryptamine (5-MeO-DMT) et de diméthyltryptamine (DMT) faciliterait les expériences transcendantales d’amour universel et de compassion. Sans aller jusque-là, on mesure tout l’intérêt qu’il y a à dormir dans l’obscurité totale, comme le préconisent certaines études.

Une pratique universellement partagée 

Les grottes préhistoriques étaient-elles des lieux d’accès à l’invisible ? Pour l’anthropologue Jean Clottes, grand spécialiste français de l’art du paléolithique, il apparaît évident que les hommes de la préhistoire venaient expérimenter des états de conscience modifiés dans l’obscurité des grottes. Une tradition encore vivante dans certains peuples premiers. Ainsi les amérindiens Kogis, héritiers d’une des plus grandes civilisations précolombiennes, initient certains enfants destinés à devenir mamo – guides spirituels – dans des chambres noires qui sont leurs lieux d’apprentissage. Pour la spécialiste Anoula Sifonios, dans l’Himalaya, il est fréquent que les yogis séjournent dans des grottes. En Inde, l’Ayurveda a codifié un certain nombre de pratiques de rajeunissement du corps (kayakalpa) dont l’une consiste précisément à rester dans l’obscurité. « La médecine indienne sait de longue date que des maladies incurables guérissent miraculeusement dans le noir », explique la spécialiste. Le taoïsme préconise aussi le séjour dans des lieux obscurs afin de se relier à la source originelle, wu chi. Quant au bouddhisme tibétain, il offre également aux pratiquants avancés la possibilité de se retirer dans le noir.

Mais dans cette tradition, il faut d’abord être capable de dépasser les visions qui ne manqueront pas de se présenter pour aller au-delà du monde de l’illusion…

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