Pourquoi les gens ont moins de temps pour faire l’amour ?

Parfois, l’activité sexuelle est affectée par des facteurs externes envahissants. Charge mentale, coordination des emplois du temps, logistique liée au coït....les relations intimes peuvent pâtir de certains troubles qui parasitent ce moment passé sous la couette. Et la situation est loin d’être isolée. On vous en dit plus.

Impuissance, dysfonction érectile, sécheresse vaginale, frigidité, absence d’orgasme, éjaculation prématurée…les troubles sexuels ne sont pas toujours responsables d’une baisse de libido. Souvent, les mécanismes en jeu sont psychologiques ou relèvent d’habitudes que l’on adopte au quotidien et qui influencent la réponse sexuelle face à une stimulation.

Pourquoi a-t-on moins de temps pour faire l’amour ?

Interrogée à ce sujet, Laura Beltran, sexologue et psychologue met en lumière l’un des premiers facteurs pouvant impacter le comportement sexuel, à savoir les enfants. En faisant référence à la vie de couple, au fait de tomber enceinte et à l’arrivée d’un bébé, l’experte indique qu’il est fréquent que le rythme de vie influence l’envie de faire l’amour et pousse les parents à délaisser leur sexualité. “L’argument le plus fréquent mis en avant par les couples pour expliquer l’absence de rapports sexuels demeure la fatigue. Il faut avoir de l’énergie pour avoir une sexualité”, rappelle le Dr Beltran. De ce fait, entretenir le rapport amoureux et une sexualité active revient à améliorer la qualité de vie. Elle souligne par ailleurs la nécessité d’accepter l’aspect cyclique des rapports physiques, notamment après l’accouchement. Son conseil ? Organiser ses moments pour être avec l’autre, sans forcément se focaliser sur le côté sexuel. “La tendresse, la sensualité et l’érotisme passent avant la sexualité”, précise la spécialiste. Ressentir un désir ou une forte excitation n’est donc pas exclusif à la pénétration et à la jouissance.

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Le temps passé en ligne – Source : Time

La démocratisation des smartphone et l’accès à internet

Cité par le magazine Time, Jean Twenge, professeur en psychology a mené une étude américaine sur le sujet et révèle qu’au-delà des facteurs que l’on invoque régulièrement tels que le célibat, l’accès au divertissement fait également partie des raisons pouvant influencer le temps dédié au sexe. L’accès à internet notamment fournit une plateforme de contenu illimité qui peut faire dévier l’attention sexuelle vers d’autres intérêts. Un avis rejoint par le Dr Lori Brotto, sexologue et professeur d’obstétrique à la University of British Columbia qui estime que “la technologie dans la chambre à coucher, à moins qu’il ne s’agisse d’une technologie utilisée pour stimuler l’excitation, peut être un moyen de dissuasion majeur pour une partie de cette excitation sexuelle qui est vraiment nécessaire pour le désir”. 

Un sondage mené auprès de 1000 Américains a révélé que près de 40% des participants vont se coucher avec un appareil connecté à internet. Près de 60% font défiler leur écran lorsqu’ils sont au lit et 24% s’endorment durant cette activité. En France, une étude menée par Deloitte en 2015 révélait que 39% des 18 – 24 ans consultaient leur téléphone moins de 5 minutes avant de se coucher. Selon l’Obs, ce chiffre était de 18% lorsque l’âge n’était pas un critère et serait passé à 23% un an plus tard. 

L’influence d’une pornographie banalisée

En 2019, nos confrères du Parisien ont indiqué que les rapports sexuels chez les jeunes adultes étaient en baisse. Parmi les facteurs en cause, l’impact de la pornographie. Les gynécologues alertaient d’ailleurs sur les conséquences de ces représentations sexuelles en indiquant que la performance était valorisée aux dépens de la spontanéité. Résultat : les jeunes femmes se désinteressent du sexe. Une tendance non exclusive à la France puisqu’au pays de l’Oncle Sam, des données de Institut General Social Survey révèlent que 23% des participants âgés de 18 à 29 ans n’avaient eu aucune relation sexuelle en 2018 contre 8% dix ans plus tôt. Un sondage Ifop pour une plateforme de santé masculine a également mis en avant une hausse des troubles érectiles chez les moins de 30 ans. Ces derniers seraient d’ailleurs plus enclins à résoudre le problème seuls plutôt que d’avoir recours à une thérapie. Viagra, alcool, drogues ou produits aphrodisiaques, seuls 5% d’entre eux opteraient pour la consultation d’un sexologue. En outre, “la proportion de victimes de troubles du désir chez les moins de 35 ans s’avère ainsi nettement supérieure à la moyenne (33 %) chez les hommes visionnant quotidiennement des vidéos pornographiques (55 %)”a révélé le sondage.

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Des rapports sexuels en baisse – Source : Everything Zoomer

La prédominance du sexe dans les médias

Pour Maryse Jaspard, auteure de Sociologie des comportements sexuels, “Trop de sexe tue le sexe”. Publicité, vidéos… l’acte charnel semble avoir pris une place significative dans la société actuelle. Pour autant, l’envie d’entretenir un rapport physique est sujette à un paradoxe. Selon l’experte, démocratiser le sexe ne mène pas forcément à des pratiques plus débridées. “Les années 1980 ont marqué une hypersexualisation de la société. Mais comme pour tout phénomène social, il y a des mécanismes cycliques d’aller-retour”, explique-t-elle. Désormais, l’importance du choix prend le pas sur le plaisir avec un partenaire sexuel. Un avis partagé par Janine Mossuz-Lavau, auteure de  la Vie sexuelle en France qui met en avant l’importance de l’indépendance et de l’autonomie. “C’est : si je veux, je veux ; si je ne veux pas, je ne veux pas”, indique-t-elle. Ainsi, le vieux modèle selon lequel une personne ferait l’amour sans en avoir envie pour satisfaire son partenaire est révolu chez les jeunes et céderait la place à des pratiques plus diversifiées. 

La fréquence ne reflète pas la qualité de la vie sexuelle

Cité par The Time, Marty Klein, auteur et sexothérapeute met en garde contre l’instrumentalisation du sexe pour évaluer la qualité de sa vie sexuelle. Contrairement aux idées reçues, compter le nombre de rapports au sein du couple ne permettra pas de déterminer si la satisfaction sexuelle est au rendez-vous. “Les gens viennent dans mon bureau et me demandent : ‘Dites-moi à quelle fréquence les gens ont des relations’, mais je ne ferai pas ça”, révèle le médecin. Et pour cause, l’absence de libido ou de rapports fréquents est souvent liée à des raisons parfaitement légitimes comme l’épuisement lié au travail, la gestion des enfants ou les obligations du quotidien, ajoute-t-il.

En effet, chez la femme ou son homologue masculin, la baisse ou la perte de libido n’est pas rare lorsque les obligations et les responsabilités prennent le dessus. S’épanouir sexuellement devient plus difficile, combiné à l’absence d’envie ou à la perte du désir. Pour entretenir des rapports sexuels réguliers, il faut savoir déclencher le désir et améliorer le rapport au sexe, mais ce n’est pas tout. Il est primordial de comprendre que la fréquence n’est pas le seul indicateur de l’harmonie sexuelle, tout au contraire. Il peut s’avérer bien plus gratifiant de faire l’amour à la fréquence que l’on souhaite dans son couple en prenant réellement du plaisir. Autre facteur crucial : le ressenti des deux partenaires. Le sexe apporte-t-il du plaisir ? Les fantasmes sont-ils entretenus ? Sommes-nous satisfaits des préliminaires ? Autant d’aspects érotiques à analyser en tandem pour veiller à ce que les rapports conjugaux et l’acte amoureux soient pleinement satisfaisants. Si le couple fait face à des divergences d’opinion en matière de pratiques sexuelles ou que le manque de libido finit par mener à une abstinence, en parler ensemble est une étape fondamentale. Lorsque la communication s’avère inefficace, la consultation d’un thérapeute de couple ou une sexothérapie en cas de problèmes sexuels peuvent aider à trouver de nouvelles alternatives, à se libérer des sentiments négatifs et à augmenter la satisfaction.

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