L’intelligence du ventre

L’intelligence du ventre


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Le cerveau a longtemps été considéré comme l’organe le plus précieux du corps humain.  Logé à l’abri de la boîte crânienne, le cerveau est constitué de plus de 10 milliards de cellules qui transmettent et reçoivent des messages des différentes parties du corps.

Bien qu’il ne représente que 2 % du poids total du corps, le cerveau contrôle toutes nos pensées et la plupart de nos mouvements. Grâce à un large réseau neuronal, le cerveau centralise les informations majeures de l’organisme pour en gérer toutes les fonctions vitales.

Récemment, des études scientifiques ont découvert l’existence d’un autre cerveau dans le corps ; un cerveau dans le ventre ! Eh oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, notre ventre contient, au creux des intestins, plus de cent millions de neurones qui veillent à notre digestion et échangent des informations avec notre tête. À quoi sert alors ce deuxième cerveau ? Sommes-nous, en tant qu’êtres humains, détenteurs d’autres sortes d’intelligences ?

Un cerveau autonome, longtemps insoupçonné

Au 19ème siècle, l’anatomiste allemand Léopold Auerbach, a détecté une présence neuronale dans nos intestins. Plusieurs scientifiques se sont penchés ensuite sur la présence de ce complexe nerveux surprenant. Ils ont découvert que ce dernier ne possédait que mille fois moins de neurones que le cerveau central. De plus, l’étude du neuro-gastroentérologie, le Dr Gershon a démontré que le nombre de neurones moteurs qui connectent les deux cerveaux est très petit.

Autrement dit, les deux cerveaux sont autonomes. Chacun d’eux travaille de son côté. Le cerveau ventral n’a pas besoin de l’aval du cerveau crânien pour accomplir ses tâches. Des fois, il ne suit pas les commandes du cerveau crânien ou de la moelle épinière. Le cerveau du ventre peut même faire de la rétention d’informations.

Selon le Dr Michael Gershon « le système nerveux entérique peut, quand il le choisit, gérer des données que ces récepteurs ont relevées par eux-mêmes, et agir sur la base de ces données pour activer un ensemble d’effecteurs qu’il est le seul à contrôler. Le système entérique n’est donc pas un esclave du système nerveux central, mais un opposant doté d’un esprit libre ».

Délocalisation, une idée à intégrer

En plus de devoir digérer et absorber tous les nutriments, les intestins doivent défendre le corps de l’assaut de puissantes bactéries. L’existence d’un cerveau ventral assure toutes ces performances primordiales à la survie du genre humain.

Le Dr Gershon précise : « il faut tellement de cellules nerveuses pour accomplir toutes ces tâches, que si elles étaient contrôlées depuis la tête, l’épaisseur des câbles neuronaux pour toutes ces connexions serait intolérable. Il est plus sûr et plus effectif de laisser les intestins s’occuper de ces affaires ».
La présence d’un cerveau au niveau du tube digestif n’est vraiment pas superflue étant donné l’importance et la complexité des tâches qu’il doit accomplir.

S’agit-il d’une intelligence nouvelle au niveau du ventre ?

En s’occupant de la digestion, de l’absorption des nutriments et de la protection des bactéries, le système nerveux entérique gère des fonctions physiologiques vitales. Mais la présence de neurones et de neurotransmetteurs (nécessaires à la communication nerveuse) identiques à ceux qu’on trouve dans le cerveau crânien, est-elle une preuve de la capacité du ventre à réfléchir ?

Le Dr Michael Gershon affirme que « le système nerveux entérique est une véritable usine chimique dans laquelle on retrouve toutes les sortes de neurotransmetteurs trouvées dans le système nerveux central ». Selon lui, le cerveau ventral libère dans le corps la dopamine, une hormone du bien-être, et produit 95% de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions.

Un taux variable de sérotonine est responsable de l’apparition de plusieurs états dépressifs.
On savait que ce que l’on ressentait pouvait agir sur notre système digestif. On découvre que l’inverse est vrai aussi : notre deuxième cerveau joue avec nos émotions.

L’élaboration des pensées conscientes se fait au niveau du cortex, la partie la plus récente du système nerveux central. C’est lui qui permet la prise de conscience, le langage, le raisonnement spatial et les commandes volontaires. Pour ce qui est des activités psychiques non conscientes, tout cerveau pourrait les élaborer. Imaginer le ventre doté d’une intelligence, capable de produire des représentations et d’avoir des préoccupations, peut paraître étrange, mais tout le confirme et pousse à le croire.

Le ventre, à la base de désordres psychiques ?

Qui de nous n’a jamais eu des maux de ventre, des crampes, ou des diarrhées en période de stress ? Ces réactions de nos intestins face aux grandes émotions ne sont pas un concept théorique. Le lien est bien réel entre notre ventre et nos émotions.
D’ailleurs, le Dr Gershon affirme « puisque le système nerveux entérique peut fonctionner tout seul, nous devons considérer qu’il est probable qu’il ait aussi ses propres névroses ». Nos réactions instinctives que nous appelons aussi réactions viscérales peuvent être tellement puissantes qu’on pourrait avoir le ventre tordu.

Selon les résultats des recherches scientifiques, le cerveau ventral serait le gestionnaire d’une base de données instinctives et fondamentales, composée de milliards de variations dans nos ressentis et d’autant de mini-réactions à notre environnement. Sans cette base de données, notre survie n’aurait pas pu être assurée. Le cerveau entérique traduit cette source d’informations en signaux neuronaux et fournit des données majeures pour notre inconscient.

D’ailleurs, les études du neurologue Benjamin Libet, ont démontré que ces processus inconscients étaient aux commandes de notre vie. D’où, l’importance et l’impact de cet instinct sur notre quotidien.

Alors, si le système entérique est capable de produire des pathologies, peut-il aussi les résoudre ? Apparemment oui. Selon François Lewin, auteur du livre La Psychologie Biodynamique, une thérapie qui donne la parole au corps, « Nous pensons que le système digestif a la fonction de dissoudre les tensions émotionnelles, en déchargeant à travers la paroi intestinale les résidus et la pression liés au stress.

Ainsi, nos intestins et le système nerveux entérique ont une capacité d’autorégulation des émotions par la digestion des impacts du stress »,

N’oublions pas que les intestins, en plus d’absorber les aliments, sont un organe d’élimination indispensable. Les états psychiques de notre ventre peuvent être gérés par des techniques de massage et de relaxation qui aident à libérer ce qui nous est resté sur l’estomac, ce que nous n’avons pas réussi à digérer et générer un mieux-être.

Un système entérique aux étonnantes capacités psychiques

Selon les résultats de toutes ces recherches scientifiques, le cerveau ventral aurait de fortes capacités à gérer notre instinct, fournir des informations inconscientes et réguler nos états d’âme.  Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises !

En effet, deux chercheurs, Dean Radin et Marylin Schlitz ont réalisé une étude sur les capacités de perception du cerveau entérique. 26 volontaires ont été sollicités et divisés en 2 groupes, un groupe d’émetteurs et un autre de récepteurs.

Les deux chercheurs ont mesuré les réactions du cerveau entérique en utilisant un électrogastrogramme (EGG) – un appareil capable de détecter les activités électriques des neurones dans le ventre, ainsi qu’un appareil mesurant la résistance galvanique de la peau.
Le groupe émetteur devait visionner des images pouvant provoquer des réactions fortes comme la tristesse, le dégoût, la révolte, le désir, tout en regardant, de temps en temps, le receveur sur un autre écran.

Après 206 tests, les chercheurs ont constaté que « les lectures de l’EGG du sujet récepteur étaient notamment plus élevées et correspondaient à celles du sujet émetteur lorsque celui-ci éprouvait d’intenses émotions, positives ou négatives ».
Ce résultat est juste hallucinant. Le cerveau que nous avons dans le ventre serait capable de capter, à distance, l’état psychique d’une personne avec qui nous sommes en lien. Décidément, le cerveau ventral n’a pas fini de nous surprendre.


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