Les plantes sont-elles sensibles ?

Des ananas qui aiment la musique, des fruits heureux… c’est sûr : les plantes sont bien sensibles !

À cette question, il y a bien longtemps que, personnellement, j’ai répondu OUI ! Tout d’abord par intuition, à l’époque où, tout enfant, j’eus l’occasion de vivre quelque temps à la campagne et que je fis ce constat : passant le matin à bicyclette devant un champ couvert de grandes fleurs jaunes ressemblant à de grosses marguerites, et dont j’ignorais le nom, puis repassant devant le même champ l’après-midi, je vis avec surprise que ces fleurs avaient changé de position et qu’elles étaient toutes orientées vers le soleil dont elles avaient suivi la course. Rentré à la maison, j’interrogeai ma mère qui m’apprit que ces fleurs s’appelaient des tournesols, précisément parce qu’elles avaient la faculté de se tourner toujours vers le soleil. Ce qui plongea dans un abîme de réflexions le gamin d’une dizaine d’années que j’étais alors. Comment ces fleurs peuvent-elles deviner où se trouve le soleil dans le ciel, me demandai-je, alors que ses rayons chauffent le pré tout autour d’elles uniformément quelle que soit sa position, et surtout, par quel moyen peuvent-elles se tourner vers lui sur leur tige, comme je peux le faire moi-même grâce aux muscles de mon cou ? Aucune des personnes que je questionnerai par la suite à ce sujet ne put me répondre, et je compris qu’en fait elles ne s’étaient jamais elles-mêmes posé la question.

Quelques années plus tard, je pus lire l’ouvrage passionnant de Maurice Maeterlinck « L’intelligence des fleurs », publié en 1910, dont la lecture me convainquit définitivement que les plantes sont des êtres sensibles, émotifs, intelligents, astucieux et capables d’élaborer des stratégies sophistiquées pour survivre, se reproduire, se défendre des agressions et concurrencer d’autres plantes ou d’autres espèces. Albert Einstein avait lui-même écrit : « Il n’y a qu’une vie, qui, végétale, animale ou humaine naît, rit, pleure, jouit, souffre et meurt… Une seule !» (Un siècle après Maeterlinck, la revue Science et Vie faisait sa couverture de mars 2013 avec ce titre : L’intelligence des plantes enfin révélée. Il était temps…). Voici un extrait des toutes premières pages du livre de Maeterlinck, dans lequel il décrit l’extraordinaire ingéniosité des plantes : « Toute semence qui tombe au pied de l’arbre est perdue ou germera dans la misère. De là l’immense effort pour secouer le joug et conquérir l’espace. De là les merveilleux systèmes de dissémination, de propulsion, d’aviation, que nous trouvons de toutes parts dans la forêt et dans la plaine ; entre autres, pour ne citer en passant que quelques-uns des plus curieux : l’hélice aérienne ou samare de l’érable, la bractée du tilleul, la machine à planer du chardon, du pissenlit, du salsifis ; en effet, si l’on a quelque peu pratiqué la botanique, ce qu’il se dépense d’imagination et de génie dans toute cette verdure qui réjouit nos yeux. »

graines

Graines – Source : spm

Les plantes sauraient-elles compter ?

Maeterlinck raconte cette découverte : un agriculteur qui défriche une parcelle ayant arraché une plante assez volumineuse, il découvrit avec stupéfaction que sa racine enserrait complètement un godillot. De toute évidence, la graine était tombée sur le sol juste au-dessus de la chaussure enfoncée dans l’humus, puis avait germé et s’était développée normalement jusqu’à ce que sa racine se heurte à l’obstacle infranchissable de l’épaisse semelle. Que s’était-il passé alors ? On présume que la racine s’était tout d’abord déviée de son chemin vertical pour chercher une issue de côté, ce qui arrive habituellement aux végétaux contraints de s’adapter à un environnement obstruant leur cheminement naturel. Mais il n’y avait aucun trou dans la chaussure, sauf les orifices des clous qui avaient été depuis longtemps dissous par la rouille. Mais ces trous étaient bien trop petits pour que la racine puisse emprunter l’un d’eux. Alors elle s’était divisée en fines radicelles dont chacune s’était glissée par l’un des petits orifices (les plantes sauraient-elles compter ?), puis, une fois la semelle franchie, elles s’étaient rejointes et réunies, réformant la racine telle qu’elle était avant d’aborder l’obstacle et emprisonnant le godillot pour toujours. Devant une telle performance, on est bien obligé d’en conclure que les végétaux n’ont rien à envier aux animaux et aux humains en fait d’intelligence conceptuelle et créatrice.

Des fruits… heureux !

Au milieu des années 60, en Californie, dans la vallée de Sacramento, des botanistes sont aux prises avec des difficultés dans la culture des ananas. Une grande compagnie spécialisée dans la culture et la commercialisation des fruits exotiques exploite d’immenses plantations d’ananas aux îles Hawaï. Mais cette compagnie est concurrencée par une rivale de Floride qui exploite des centaines de milliers d’hectares en Amérique centrale, en Amérique du Sud ainsi qu’aux Antilles et qui conquiert des marchés dans le monde entier. Les dirigeants de la Compagnie menacée s’inquiètent et veulent savoir pourquoi les fruits de leur concurrente ont plus de succès que les leurs. Ils se procurent des fruits de leur rivale à Panama et les font étudier par leurs botanistes. Or, il n’existe parmi les broméliacées à feuilles persistantes qu’une seule espèce comestible : Ananas comosus. La souche originelle de cet arbuste à fruits est au Brésil et en Colombie, et les plants cultivés à Hawaï sont eux aussi originaires du continent américain. Les spécialistes étudient avec soin toutes les différences qui peuvent exister entre les cultures (composition des sols, magnétisme, microclimats, etc.) mais ne trouvent rien qui puisse expliquer une telle différence de qualité entre les ananas des deux compagnies. Ces études très poussées dureront cinq années, sans résultat concluant. Et c’est finalement un psychiatre, le Dr John Meiss Jr qui résoudra l’énigme, en étudiant le « facteur humain ». En effet, les Hawaïens, les Polynésiens et les Chinois qui cultivent les ananas de la Grande Hawaï jusque sur les flancs des volcans sont plus minutieux que les Noirs, ouvriers agricoles des plantations d’Amérique centrale et du Sud. Rationnellement, leurs résultats devraient donc être meilleurs, alors que c’est le contraire. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que les Noirs chantent en travaillant ! Ils chantent leurs mélopées nostalgiques proches des negro spirituals et… Les ananas aiment ça ! Cela semble incroyable, mais John Meiss s’obstine et conseille une expérience : on transporte aux îles Hawaï des ouvriers agricoles noirs panaméens. Et à la stupéfaction générale, on constate lors de la récolte suivante que les ananas ont les mêmes qualités gustatives que ceux du continent américain. Le terrain et le climat n’y sont pour rien. Les ouvriers chantent, et cela suffit au bonheur des ananas, qui du coup ont davantage de saveur.

ananas

Ananas – Source : spm

Ananas : ne leur jouez pas du Céline Dion. Sinon…

Eh bien, malgré les preuves qu’il apporte, la compagnie n’écoute pas John Meiss Jr, qui, tenace, continue ses recherches pour son propre compte. Et il va les poursuivre pendant 6 ans ! Il s’est procuré des plants d’Ananas comosus, sachant que les plantes apprécient d’être ensemble à plusieurs de la même espèce. Il constitue aussi toute une collection de disques de negro spirituals, de chants folkloriques des Noirs travaillant sur les plantations d’Amérique centrale et des Antilles, ainsi que des chansons indiennes de Colombie et du Brésil. Dans une serre où il soigne ses ananas, il leur fait écouter toutes ces chansons et il note leurs réactions, constatant que certaines musiques sont plus appréciées que d’autres, et que certaines dépriment les plantes. Statistiquement, tous les résultats obtenus sont significatifs et incontestables. En 70 mois, il a accumulé plus de 35000 observations, dont la moitié confirmées par des expériences de contrôle. Il n’y a aucun doute, les ananas sont meilleurs au goût lorsqu’ils entendent certaines musiques bien choisies. Meiss adresse des rapports complets aux universités de Caroline du Nord et de Berkeley ainsi qu’à des instituts de « botanique évolutive » en Californie, en Floride, dans les États du Maine, de New-York, du Massachusetts. Personne ne lui répond ! Malgré les découvertes dans ce domaine d’éminents scientifiques, l’humanité n’est pas encore capable de collaborer intelligemment avec les végétaux, dont elle tire pourtant l’essentiel de sa nourriture.

tomates

Tomate – Source : spm

Une production de tomates multipliée par vingt !

C’est ainsi que j’ai relaté dans le tome 3 de ma série Savants maudits, chercheurs exclus, les remarquables travaux du physicien (et musicien) français Joël Sternheimer. Par exemple, en faisant régulièrement « écouter » à un plant de tomate la musique qui lui convient, on parvient à stimuler la production de la plante. En juillet 1996, un jardin planté de pieds de tomates fut séparé en deux parties. Dans la première partie, les tomates étaient arrosées deux fois par jour, tandis que dans la seconde elles ne l’étaient qu’une fois mais recevaient durant trois minutes quotidiennes la diffusion d’une musique spécifique au moyen d’un radiocassette disposé au pied des plants. Et dans le « jardin musical », la production des tomates fut multipliée par vingt ! Néanmoins, notre ministère de l’Agriculture ne s’est jamais intéressé aux travaux de Sternheimer.

Pourtant, il est avéré que certains peuples pratiquaient la « musique agronomique » depuis des temps immémoriaux. Ainsi, l’ethnologue Malinowski nous apprenait en 1930 que, dans les îles du Pacifique, les agriculteurs imitaient le chant des oiseaux pour augmenter le rendement des cultures.

tiges

Tiges – Source : spm

Les fleurs aussi ont leurs « tronches »

Savez-vous que si vous prenez une tige de rosier entre vos doigts, la plante « devine » aussitôt si vous faites ce geste simplement pour respirer son parfum, ou si c’est dans l’intention « agressive » de couper sa tige ? C’est la stupéfiante constatation faite au début des années soixante par le chercheur japonais Isiki Nahuro, du laboratoire d’horticulture de Kyoto, qui n’est alors âgé que de 26 ans, mais qui, passionné par le monde végétal, a décidé de se consacrer à la recherche pure. Dans le jardin familial, il aime particulièrement les lilas, et il lui a semblé que leur parfum s’accentue lorsqu’il s’approchait d’eux. Voulant en avoir le cœur net, il se lance dans toute une série de mesures. Et il obtient confirmation de changements dans le « comportement » des fleurs selon la personne qui s’approche d’elles. C’est ainsi qu’il constate une augmentation très nette du flux d’énergie lorsque sa mère vient au jardin pour lui demander de couper quelques fleurs. Puis, dès que sa mère s’éloigne, l’intensité du flux d’énergie diminue pour devenir plate sur le cadran de son détecteur. Isiki Nahuro va passer la majeure partie de sa vie à étudier ces réactions végétales et accumuler sur elles une masse d’informations. Il va inviter de nombreuses personnes différentes à visiter son jardin et finira par se rendre compte que, selon la personnalité des visiteurs, les plantes ont des réactions de sympathie ou d’ antipathie vis-à-vis d’elles. Nahuro hésite à faire connaître ses travaux, craignant de se heurter à l’incompréhension et au scepticisme général, sinon à un véritable tabou. Mais au cours d’un symposium international de botanique se déroulant à Tokyo, il ose parler de ses découvertes à des professeurs américains, allemands, russes, français, britanniques. Et à sa grande et heureuse surprise, aucun d’eux n’est étonné de ce qu’il leur dit et ils lui content même toutes sortes d’anecdotes confirmant la justesse de ses observations. Toutefois, il doit bientôt déchanter, car s’il est largement approuvé à titre individuel, aucun groupement ou organisme ne le soutiendra.

plantes

Plantes – Source : spm

L’arbre sert de téléphone

Je terminerai cet article par quelques anecdotes vécues pour le moins surprenantes. En voici une que je vous cite de mémoire, et dont j’avais lu le récit il y a bien longtemps dans la revue Planète. Un touriste européen s’arrête un moment dans un petit village en Amérique du Sud. Un arbre immense se dresse au milieu de la grand-place. Le touriste voit une villageoise s’approcher de l’arbre et lui parler pendant quelques instants, puis s’en retourner vers sa maison. Intrigué, il rejoint la personne et lui demande pourquoi elle parlait à l’arbre. Et elle lui répond : « Mon mari est parti à la ville faire des courses et j’ai oublié quelque chose dont j’ai besoin, alors j’ai demandé à l’arbre de l’y faire penser. » Sidéré, le touriste lui demande alors : « Mais pourquoi vous adresser à l’arbre ?» Et la paysanne lui répond, le plus naturellement du monde : « Parce que je n’ai pas le téléphone. » Autrement dit, elle utilisait l’arbre comme intermédiaire télépathique, et cela devait être une pratique courante dans cette région depuis des siècles.

En voici une autre, contée par Robert Frédérick dans son livre L’intelligence des plantes (Editions Dargaud, 1982 – Arista, 1990) : un sourd-muet de naissance, Gorgio Muratori, vit avec ses parents à Avelladena, dans la banlieue de Buenos-Aires. Nous sommes en 1955 et Gorgio construit dans sa chambre des modèles réduits d’avions ou de bateaux que des commerçants lui achètent de temps en temps. Ses parents travaillent beaucoup et rentrent le soir à des heures irrégulières. C’est leur fils qui prépare le dîner et qui s’arrange pour qu’il soit fin prêt et chaud lorsqu’ils arrivent. On demande à Gorgio comment il peut prévoir à quelle heure ils seront là, puisque celle-ci est changeante. Et il répond : « Je suis prévenu par le philodendron qui est dans ma chambre. Ses feuilles, qui sont normalement un peu ondulées, se font plus plates quand mes parents prennent le chemin du retour. Sachant d’où ils partent, je sais que j’ai environ trente minutes pour préparer le dîner. » On vérifie et l’on constate que les feuilles du philodendron sont planes quand les parents de Gorgio sont là ou qu’ils reviennent, mais qu’elles ondulent légèrement lorsqu’ils partent le matin…

En réalité, les plantes, et notamment les arbres, sentent, ressentent, comprennent, émettent, communiquent, combattent, et peuvent même avertir leurs congénères lorsqu’un danger se présente. Ainsi, certains arbres africains, lorsqu’ils sont agressés par des mammifères qui mangent leurs feuilles, envoient un message à leurs semblables alentour et ceux-ci sécrètent aussitôt une substance toxique qui rend leur feuillage incomestible ! Il est temps que les humains du XXIe siècle comprennent que tout ce qui vit est intelligent et sensible. Les lois de la nature obligent tout être vivant à utiliser d’autres vivants ou à s’en nourrir. Mais il doit le faire avec respect et en évitant toute destruction ou souffrance inutile.

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