L'histoire unique entre un homme et son chien sur la patience et l'amour

L’histoire unique entre un homme et son chien sur la patience et l’amour


Voici l’histoire d’un homme qui a découvert l’amour et le don de soi d’une façon inattendue.

Je m’étais installé dans cette petite ville universitaire depuis un semestre ; un endroit chaleureux, où les gens vous disent « bonjour » dans la rue. Mais je m’y sentais un peu seul, si bien que j’avais décidé d’adopter un chien. C’est ainsi que je me suis rendu au refuge le plus proche, où j’ai rencontré Reggie, un labrador. Suite à l’annonce, ils avaient reçu de nombreux candidats, mais pas vraiment des « personnes à labrador », selon eux.

En même temps que Reggie, les gens du chenil m’ont donc confié ses affaires : un panier, une gamelle, un sac contenant des balles de tennis neuves, ainsi qu’une enveloppe cachetée où se trouvait une lettre écrite par son propriétaire précédent. Il s’agissait d’une adoption à l’essai car nous disposions de quinze jours pour nous habituer l’un à l’autre. Je ne sais trop comment, ce carton rejoignit ceux que je n’avais pas encore eu le temps de déballer depuis mon déménagement.

Les premiers temps furent pénibles. À peine Reggie écoutait-il quand je lui donnais les ordres qu’il était censé comprendre, selon les gens du refuge : « Assis », « Reste là » et « Viens ici ». Idem quand je l’appelais par son nom ; je devais m’y reprendre à quatre ou cinq reprises avant qu’il ne me jette un œil pour finalement retourner à ce qu’il était en train de faire. Où qu’il aille, il transportait toujours deux balles de tennis dans la bouche.

Je me suis dit que ça ne marcherait pas. Il avait détruit un de mes cartons, ainsi qu’une paire de chaussures. De mon côté, je n’étais pas assez chaleureux avec lui. J’en étais arrivé à attendre impatiemment que les quinze jours se terminent. Ce jour-là, je me suis mis à la recherche de mon téléphone pour appeler le chenil. Impossible de mettre la main dessus. Je commençais à penser que le chien l’avait détruit, quand je l’ai retrouvé sur une pile de cartons. Et je suis tombé sur le carton de Reggie. J’ai sorti le panier et l’ai jeté à terre.

Pour la première fois depuis son arrivée, le chien a paru content : il l’a reniflé et a remué la queue. Mais quand je l’ai appelé, il m’a lancé un regard absent, puis s’est étalé au sol en me tournant le dos. Je me suis dit que nous n’étions décidément pas faits l’un pour l’autre et j’ai composé le numéro du chenil. C’est alors que je suis tombé sur l’enveloppe fermée et j’ai raccroché. J’ai dit tout haut : « Ok Reggie, voyons ce que ton ancien maître avait à me raconter. »

La lettre disait ceci :

« Au nouveau maître de mon chien,
On ne peut pas dire que je sois heureux que tu lises cette lettre. Car si tu la lis, cela veut dire que j’ai laissé mon chien au chenil. Quand j’ai déposé ses affaires dans le coffre, il a compris que ce n’était pas comme d’habitude, que tout cela n’augurait de rien de bon. Et il avait raison. Alors, je t’écris cette lettre pour te parler de lui, pour que ça aille un peu mieux.

Pour commencer, comme tu as déjà dû t’en apercevoir, il adore les balles de tennis et il lui en faut le plus possible. Il en a toujours deux dans la bouche et essaye d’en gober une troisième. Jusqu’à présent, il n’y est pas parvenu. Où que tu les lances, il ira les chercher. Alors, prends garde à ne pas en envoyer sur la route. Une fois, il a failli se faire écraser en allant en récupérer une.

Deuxième chose, les mots auxquels il obéit. Comme te l’ont dit les gens du chenil, il connaît : « Assis », « Reste là » et « Viens ici ». Et il lui arrive de répondre à l’ordre « Couché ». Il sait aussi donner la patte et obéit aux signes de la main. Il reconnaît les mots « balle », « croquette » et « os », parce que je lui ai appris à obéir en lui donnant des récompenses. Si tu veux vraiment qu’il t’écoute, le mieux est de lui donner des morceaux de saucisse.

Côté vaccins, il est à jour. Le vétérinaire est un type sympa. Appelle-le si tu veux récupérer son dossier. Là, prépare-toi à des moments difficiles pour le faire entrer dans la voiture. Je ne sais pas comment, mais il le devine toujours quand c’est là-bas qu’on le conduit.

Dernière chose : sache que je ne suis pas marié et que je n’ai pas d’enfant. Donc depuis sa naissance, nous avons vécu tous les deux seuls. Donc donne-lui du temps pour s’habituer à toi. Je l’ai toujours amené partout, tu devrais faire de même. Il a l’habitude, il se tient bien. Il aime beaucoup sortir et la compagnie des gens, surtout la mienne.

J’imagine qu’il lui est très difficile de s’adapter car il n’a jamais vécu qu’avec moi. Alors, pour vous aider tous les deux, je dois te dire la vérité.

Il ne s’appelle pas Reggie. J’ignore pourquoi j’ai donné ce nom aux gens du chenil. Ce que je sais, c’est que si je leur avais donné son vrai nom, cela aurait voulu dire que je ne le reverrais plus jamais. Que jamais je ne partirais le récupérer. Mais si tu lis cette lettre, cela veut dire qu’il a un nouveau maître, alors je dois te donner son nom.

Je l’ai appelé Tank, parce que c’est ce que je conduis.

Si tu habites près du chenil, tu as dû lire mon nom dans les journaux. Parce que j’ai demandé à ce que « Reggie » ne soit adopté qu’à condition que le commandant de ma compagnie donne son feu vert. Mes parents sont décédés et j’étais fils unique, donc je n’avais personne à qui confier Tank. Alors, la seule chose que j’ai demandée à l’Armée quand on m’a annoncé qu’on m’envoyait en Irak a été de prévenir le chenil en cas d’« accident », pour qu’ils le proposent à l’adoption. Par chance, mon colonel aime beaucoup les chiens et il m’a promis qu’il s’en occuperait lui-même. Si tu lis cette lettre, il a tenu parole.

Je suis navré que cette lettre soit déprimante, même si elle ne concerne qu’un chien. Sauf que Tank est la seule famille que je possède.
J’espère que toi aussi, tu l’incluras dans ta famille et qu’il finira par t’aimer comme il m’a aimé.

J’ai emporté avec moi cet amour inconditionnel afin qu’il m’inspire pour que je puisse me sacrifier moi-même pour protéger les autres. J’espère être aussi dévoué envers mes camarades de combat qu’il l’a été envers moi.

Ce soir, je pars au front. Je ne crois pas que j’irai dire au revoir à Tank une dernière fois, j’ai assez pleuré en le déposant au refuge. J’irai juste jeter un œil pour voir s’il a réussi à engloutir une troisième balle.

Bonne chance avec Tank. Occupe-toi bien de lui. Et le soir, ajoute une autre caresse de ma part pour lui souhaiter bonne nuit.
Merci,
Paul Mallory


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