La reine des prés : une plante aux vertus remarquables

La reine des prés porte bien son nom ! Cette souveraine qui se dresse hautaine dans les prairies humides met ses pouvoirs au service de l’homme qui l’utilise depuis des siècles pour ses vertus thérapeutiques ainsi que pour ses qualités culinaires.

reine des prés

Reine des prés – Source : spm

Une plante qui s’impose

Les végétaux ne sont pas toujours parfaitement nommés. Ainsi, la benoîte urbaine se rencontre plus souvent dans les haies campagnardes et les lisières des forêts qu’en pleine ville ; la pâquerette fleurit toute l’année, pas seulement à Pâques ; le lierre terrestre n’a rien à voir, d’un point de vue botanique, avec la liane ligneuse qui monte à l’assaut des arbres et des murs ; le chèvrefeuille n’a pas grand rapport avec la gent caprine… En revanche, la reine des prés mérite son nom ! Elle abonde dans les prairies humides, où elle bénéficie à la fois du soleil et de l’eau. Elle se démarque des autres plantes par sa haute taille, l’aspect vaporeux de son inflorescence et le délicieux parfum qu’elle distille dans l’air des chaudes soirées d’été. Franchement, il est impossible de passer devant sans la voir… et pourtant, c’est ce que j’avais fait pendant de nombreuses années, avant d’en avoir un jour la fulgurante révélation.

plantes

Plantes – Source : spm

Quelle révélation !

Cela se passait un soir d’été, à proximité de la petite ville thermale de Bains-les-Bains, dans les Vosges. J’avais alors seize ans. Je rendais visite chaque jour à un ancien instituteur, Henri Martin, connaisseur de la nature et poète prolifique qui m’enseignait la botanique en me récitant les centaines de sonnets classiques qu’il avait composés sur les plantes de son pays, « la Vôge » comme il le nommait. Le chemin qui me ramenait chez mes parents longeait le Bagnerot, un fort cours d’eau qui coulait impétueusement à travers bois et prés. La nuit commençait à tomber et je pressais le pas. Soudain, dans la tiédeur vespérale, je perçois à l’approche d’un ruisseau une odeur puissante et très suave. Ces effluves inconnus envahissent l’air plus frais à cet endroit et m’emplissent de bien-être. Il y a là un mélange entêtant de musc et de vanille, d’amande aussi peut-être, avec une acidité menue qui en allège le parfum. Comment la nature peut-elle exhaler une si douce fragrance ? Juste au bord du ruisseau se dresse en évidence une masse feuillue surmontée d’un fouillis vaporeux que l’obscurité naissante rend indéfinissable. Mes doigts caressent une multitude de petites fleurs groupées au sommet de longues tiges raides. C’est d’elles que proviennent les senteurs qui m’enivrent. Je prélève quelques échantillons de cette plante insolite et rentre heureux à la maison. Le lendemain, mon maître en botanique sourit malicieusement et assouvit ma curiosité : « Vous avez trouvé au bord de ce ruisseau la spirée ulmaire également appelée reine des prés. Ses fruits en spirale et ses feuilles qui rappellent celles de l’orme lui valent son nom. Tout en elle embaume ses feuilles, ses fleurs et ses fruits. Je l’aime beaucoup.

cellulite

Cellulite – Source : spm

La plante aux vertus remarquables

Depuis, je n’ai cessé de rencontrer cette plante aux vertus remarquables. La reine des prés est souvent donnée en exemple de la médecine des signatures, cette théorie qui voudrait que les végétaux présentent un signe explicitant les maladies qu’ils guérissent ou les parties du corps sur lesquelles ils agissent. Notre plante, poussant les pieds dans l’eau, doit soigner les affections que l’on contracte en s’exposant à l’humidité. De fait, la reine des prés est anti-inflammatoire et antirhumatismale. Ses fleurs, diurétiques antispasmodiques et sédatives des douleurs urinaires, sont mises à profit depuis des temps reculés contre la goutte, les douleurs rhumatismales, la cellulite et l’artériosclérose, maladies dues à une surcharge de l’organisme en produits de déchet. Au XIXe siècle en fut extrait son principe actif, le salicylate de méthyle, qui lui communique une odeur particulière. En 1897, la firme allemande Bayer commercialisa ce qui allait devenir le médicament le plus employé dans le monde, l’aspirine, qui doit son nom à celui de la spirée ulmaire. Il s’agit d’une molécule synthétique, l’acide acétylsalicylique – proche également de l’acide salicylique de l’écorce de saule, Salix en latin, connue depuis les temps anciens pour soigner les fièvres et qui ne fut détrônée que par l’importation d’écorce de quinquina (Cinchona sp.) lorsque fut conquise l’Amérique du Sud.

En ce qui me concerne, j’apprécie au plus haut point les vertus aromatiques des fleurs de reine des prés, avec lesquelles je parfume des crèmes, des glaces, des flans et diverses boissons. La plante leur communique un agréable goût d’amande amère, qu’il faut d’ailleurs savoir doser car il peut s’avérer très puissant ! Les chefs cuisiniers à qui j’ai l’occasion de faire découvrir la reine des prés l’apprécient particulièrement car sa saveur, qu’ils comparent à celle de l’amande amère, est franche et facile à catégoriser. Certains ne se contentent pas de la travailler en sucré, mais préparent avec ses inflorescences d’excellentes sauces pour accompagner le poisson ou la volaille. Si les fleurs sont déjà passées, les fruits, curieusement enroulés en spirale (d’où le nom de « spirée » …) peuvent faire l’affaire lorsqu’ils sont encore verts. Si elles ne sont pas encore présentes, les boutons dégagent un arôme semblable. Plus tôt en saison, on peut se rabattre sur les feuilles, mais le goût caractéristique de la reine des prés n’est pas vraiment toujours au rendez-vous. Testez et appréciez, ou patientez un peu !

prairie

Prairie – Source : spm

Pour identifier la reine des prés

Où que l’on se trouve en Europe, hors de la région méditerranéenne, on rencontre à coup sûr la reine des prés dans les prairies humides ou au bord des ruisseaux, en milieu ouvert : elle aime à la fois l’eau et le soleil.

Ses grandes feuilles sont composées de folioles anguleuses et ridées, portant le long du rachis rougeâtre de petits segments semblables aux folioles. Elles forment de grosses touffes denses d’où s’élancent en été de grandes hampes rigides, feuillées, qui se terminent par des bouquets vaporeux de petites fleurs blanches groupées en entonnoirs étroits à la base et élargis au sommet. Les fleurs sont munies de cinq pétales blanc crème et présentent, comme toutes les Rosacées (la reine des prés est une cousine de la rose, du pommier et de la fraise des bois), de nombreuses étamines. Elles dégagent naturellement une odeur suave qui devient très forte lorsqu’on les froisse entre les doigts. Les feuilles écrasées sont également odorantes, avec un parfum plus « vert ».

Flan de reine des prés

  • 4 g d’agar-agar
  • 1 l de lait de riz
  • 1 cuillerée à soupe de sucre
  • 100 g de sommités fleuries de reine des prés
  • 30 g d’amande

Préparation :

  • Délayez l’agar-agar dans le lait de riz, ajoutez le sucre et portez à ébullition.
  • Retirez du feu et mettez à infuser la moitié de la reine des prés pendant 10 minutes.
  • Ajoutez le reste de reine des prés dans le lait et mixez, puis filtrez avec une passoire fine. • Versez dans des ramequins et laissez refroidir au frais.
  • Faites griller les amandes, concassez-les légèrement et saupoudrez-en les ramequins.
  • Décorez de quelques fleurs de reine des prés.

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