Coronavirus/Chloroquine : ce que révèle la dernière étude du professeur Didier Raoult

Confrontés à une crise sanitaire d’envergure mondiale, de nombreux gouvernements sont en quête d’un traitement à même de mettre fin à la pandémie de coronavirus. Dernièrement, Emmanuel Macron s’est rendu à l'IHU Méditerranée Infection à Marseille en vue d’en savoir plus sur la chloroquine, une molécule dont l’utilisation a été défendue par le professeur Didier Raoult à de nombreuses reprises. L’infectiologue estime que cet antipaludique pourrait traiter les patients atteints par le Covid-19. Dans sa dernière étude, il révèle que l’hydroxychloroquine associée à un antibiotique aurait démontré 91,7% d’efficacité. L’information a été relayée par nos confrères de BFM TV

Depuis son apparition en Chine dans un marché de fruits de mer de Wuhan, le nouveau coronavirus ne cesse d’alourdir le bilan. A l’heure actuelle, ce sont plus de 190 pays et territoires qui sont affectés par la maladie, avec près de 2 millions de cas de contamination dans le monde et plus de 127 000 décès. Au vu de l’ampleur de la pandémie, c’est désormais toute la population française qui est appelée à se confiner pour se protéger du nouveau coronavirus et ce, jusqu’au 11 mai selon les dernières informations transmises par le chef de l’Etat.

En effet, dans l’attente d’une solution viable et d’un traitement capable de combattre le virus Sars-CoV-2, la prudence est de mise pour les habitants de l’hexagone, comme partout ailleurs dans le monde. Aujourd’hui, de nombreux essais cliniques sont menés pour évaluer l’efficacité de traitements potentiellement capables de lutter contre le Covid-19. Parmi eux: la chloroquine, une molécule dont l’efficacité a été vantée par le professeur Didier Raoult pour soigner les patients malades du coronavirus. Dans une nouvelle étude dont le résumé a été publié ce jeudi 9 avril sur le site de pré-publication de l’IHU, l’infectiologue et son équipe révèlent que “la mortalité est de l’ordre de 0,5% et que le taux de guérison est extrêmement élevé”.

Que dit l’étude?

Menée sur un nouvel échantillon de 1061 patients testés positifs au nouveau coronavirus, l’étude repose sur l’association de l’hydroxychloroquine et d’un antibiotique, l’azithromycine. Les participants correspondaient aux critères d’inclusion établis par le Pr Raoult et son équipe, avec un âge moyen de 43,8 ans et aucune toxicité cardiaque identifiée. Parmi eux, 493 étaient de sexe masculin, rapporte BFMTV.

Sur les 1061 patients ayant suivi le traitement, 973 d’entre eux auraient guéri sur le plan virologique en 10 jours, soit 91,7% d’efficacité observée pour la combinaison de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine. Toutefois, 46 d’entre eux auraient présenté de mauvais résultats, soit 4,3% de l’échantillon total. Parmi eux, 5 personnes âgées de 74 à 95 ans sont mortes, 10 ont été placés en soins intensifs et 31 patients ont dû être hospitalisés pour une dizaine de jours ou plus. BFM TV révèle néanmoins qu’au moment de la publication de cette étude, 25 d’entre eux sont guéris du nouveau coronavirus et 16 sont encore en hospitalisation.

En conclusion de l’étude, le Pr Raoult et son équipe déclarent que lorsque le traitement est administré juste après le diagnostic, la combinaison de l’hydroxychloroquine et de l’azithromycine “est un traitement sûr et efficace contre le Covid-19 avec un taux de mortalité de 0,5% chez les patients les plus âgés. Il évite l’aggravation et élimine la persistance et la contagiosité du virus dans la plupart des cas ».

Une étude difficile à juger

Si les premières études de Didier Raoult ont été critiquées pour leurs échantillons jugés trop faibles, celle-ci ne manque pas de susciter encore une fois le scepticisme de certains scientifiques. La publication étant jugée incomplète, ces derniers estiment que les données manquent pour une évaluation fiable des résultats présentés par l’infectiologue. « Ce n’est pas une publication scientifique, mais juste un abstract et un tableau. C’est très décevant” a déclaré un infectiologue interrogé par France Info. Son avis est rejoint par Xavier Lescure, médecin spécialiste en maladies infectieuses à l’hôpital Bichat, qui déclare à cette même source qu’il est rare de regarder “un article avant publication avec un seul résumé et un seul tableau”.

Des assertions jugées peu scientifiques ont également été pointées du doigt, ainsi qu’un manque de transparence quant à la sélection de l’échantillon étudié. Pour Christine Rouzioux, spécialiste en virologie et membre de l’Académie de médecine, “La méthodologie est toujours aussi insuffisante”, précisant que “Sur environ 3 000 patients, l’étude n’en retient que 1 000 environ et on ne connaît pas les critères de sélection des patients”.

L’absence de groupe témoin a également été mise en cause. Cette critique a déjà été énoncée lors de précédentes études du Pr Raoult et serait donc toujours d’actualité. Xavier Lescure y fait d’ailleurs référence en soulignant que “Toute étude sans bras comparateur ne permet pas de trancher quoi que ce soit”.

Dominique Costagliola, épidémiologiste et membre de l’Académie des sciences propose : “ »Attendons juste d’avoir des études raisonnables pour discuter leurs résultats et enfin savoir si l’hydroxychloroquine peut contribuer à gérer cette crise ». Un essai clinique européen est actuellement en cours dans plusieurs pays pour tester certains traitements, dont l’hydroxychloroquine. Pour l’heure, la prudence est de mise en attendant des études et des résultats qui font consensus auprès des scientifiques.

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