5 femmes fortes qui refusent de laisser leur « défaut » physique les définir

5 femmes fortes qui refusent de laisser leur « défaut » physique les définir


La première fois qu’Adrienne Jones a montré ses genoux, elle avait 37 ans. Elle avait caché ses jambes pendant des décennies, obsédée qu’elle était de masquer les souvenirs d’un accident de voiture survenu dans son enfance : des cicatrices rouges et épaisses qui sillonnaient ses genoux. Une fois devenue adulte, ces marques n’avaient toujours pas disparu. « Quand je me regardais dans le miroir, je ne voyais qu’elles – j’étais sûre que c’était la seule chose que tout le monde allait voir ». Se sentant laide et honteuse, elle s’est éloignée de ses amis, sombrant dans une dépression.

L’histoire d’Adrienne paraît dramatique, mais elle est loin d’être isolée. Presque 70% des femmes sont traumatisées par ce qu’elles perçoivent comme des imperfections physiques. Tout les hante : des cheveux qui se raréfient à des varicosités, en passant par une forme d’oreilles bancale.

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Tiffany Posteraro Grant, 25 ans, Brooklyn : « Je suis bien plus que… mon vitiligo »

Dalmatien. Vache. Fantôme. Les moqueries de ses camarades de lycée ont hanté Tiffany pendant des années. Adolescente, elle évitait les bikinis, portait des manches longues et empilait les correcteurs de teint pour tenter de cacher son problème de pigmentation inégale de la tête aux pieds. Adulte, elle était désespérée par la peur qu’elle voyait dans les yeux des étrangers, dans la rue et le métro. Par moment, il était difficile de ne pas croire que ceux qui la tourmentaient autrefois avaient raison : elle était dégoûtante et monstrueuse. Finalement, elle a eu la chance de rencontrer dans un magasin une femme avec un vitiligo qui lui a montré qu’elle n’était pas seule. Aujourd’hui, elle ignore les regards insistants, laissant le tatouage qu’elle porte sur le bras parler de lui-même : « Ça s’appelle un vitiligo ».

Le problème : « Aujourd’hui, l’image que l’on a de son corps est centrée sur le poids », explique le docteur Heidi Williamson, psychologue au Centre de recherche sur l’apparence à Bristol, en Angleterre. Il est si facile de se sentir concernée : 89% des femmes ne sont pas satisfaites de leur poids, selon un récent sondage, et le sujet est omniprésent. Les compagnies de mode et de cosmétiques ont lancé des campagnes publicitaires donnant une image positive du corps liée au poids ; des célébrités, comme Kate Winslet, refusent les retouches ; des mannequins plus potelés arpentent les podiums.

Un tel progrès est encourageant, c’est un fait. Mais cette attention unique exclut des millions de femmes qui, comme Adrienne, se débattent aves d’autres types de problèmes physiques. Et quelque chose d’aussi inoffensif qu’une marque de naissance ou un nez crochu peut être aussi préjudiciable que de se sentir trop grosse, parce qu’il n’y a pas de message « normalisant » ces « défauts » physiques. Les résultats peuvent être dévastateurs : une souffrance psychologique muette et une augmentation des risques de maladies chroniques.

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Alisha Bridges, 28 ans, Atlanta : « Je suis bien plus que… mon psoriasis »

« Qu’est-ce qu’il y a sur ta peau ? ». Alisha, 10 ans, a été mortifiée quand une camarade du cours de natation a désigné les plaques écailleuses, floconneuses et rouges qui couvraient 90% de son corps. Camoufler son problème avec des vêtements et du maquillage est devenu la mission de sa vie durant les 17 années suivantes. Mais rien n’était suffisant pour arrêter les commentaires : un de ses petits amis lui a dit qu’elle était une belle fille, avec une peau horrible. A l’université, une méchante colocataire a fait courir le bruit selon lequel Alisha était contagieuse. Elle a sombré dans une dépression. Finalement, l’année dernière, après avoir essayé d’innombrables traitements, elle a commencé un traitement par radiographie qui a rendu le haut de son corps presque complètement clair. Mais ce qui l’a vraiment guéri, dit-elle, c’est d’avoir témoigné auprès d’autres patients, des médecins et même le Congrès américain en tant que volontaire pour La Fondation Nationale pour le Psoriasis.

Dans certains cas, un événement important dans une vie (une rupture, une grave blessure) peut démanteler une image de son corps jusque-là saine. Mais pour la plupart des femmes, c’est une combustion lente – qui commence plus jeune que vous ne pourriez l’imaginer. « Avant même d’être scolarisés, les enfants se comparent aux autres et intériorisent les différences », déclare le docteur Candice Crerand, psychologue à l’Hôpital national des enfants de Columbus, dans l’Ohio. Et, sans surprise, en plus des dénigrements sur les terrains de jeux et les réseaux sociaux, les medias continuent de forger la perception de soi à mesure que l’on avance vers l’âge adulte.

La taille ou l’emplacement des « défauts » que vous pourriez vous trouver importe moins que la façon dont vous les voyez. « Si une femme se concentre sur ses vergetures, jour après jour, le problème peut être amplifié dans son esprit, affirme la psychologue Leslie Heinberg, directrice du service des comportements à la Clinique de Cleveland. Ce qui peut être à peine visible pour un étranger peut être vécu comme dévastateur ».

Quand une imperfection est visible, les regards insistants et les insultes peuvent aggraver une image de son corps en chute libre. Même des questions ou des conseils bien intentionnés (exemple : « Je connais un excellent correcteur de teint pour cette cicatrice ») peuvent « confirmer à une personne sa terreur secrète : que quelque chose chez elle est visiblement différente », affirme le docteur Williamson.

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Britta Krabill, 35 ans, Saint-Louis, dans le Missouri : « Je suis bien plus que… les poils sur mon visage »

« Je ne me sens pas femme ». Pendant dix ans, cette pensée a envahi l’esprit de Britta chaque matin – et chaque soir, pendant qu’elle rasait les poils noirs qui couvraient ses joues et son menton. Peu importe à quel point elle se rasait de près, elle pouvait toujours voir un chaume de poils, une ombre perpétuelle. Aucun docteur n’a pu en découvrir la cause. Son angoisse gonflait. Elle évitait la lumière directe du soleil, paniquait à la perspective de partager une salle de bain et déclinait les voyages avec des amis ou la famille. Ces derniers temps, un nouveau traitement par laser a donné des résultats prometteurs et parler avec d’autres patients a aidé Britta à surmonter la situation. Certains matins, elle amène même son enfant de 4 ans à l’école sans s’être rasée avant.

Les conséquences vont bien au-delà du fait de ne pas se sentir séduisante. Une étude montre que les femmes ayant une mauvaise image de leur corps sont moins enclines à faire du sport et plus enclines à fumer et à manger exagérément (après tout, pourquoi prendre soin de quelque chose qu’on méprise ?). Par conséquent, elles sont susceptibles d’avoir une tension artérielle élevée et des maladies cardiaques. Elles évitent d’avoir des rendez-vous amoureux, de sortir avec des amis et de rencontrer de nouvelles personnes – mauvaise nouvelle, sachant que des études montrent que l’isolement social peut endommager le système immunitaire et encourager les inflammations, ce qui peut entraîner de l’arthrite, du diabète et la maladie d’Alzheimer.

Les scientifiques commencent seulement à s’intéresser à l’impact sur la santé des complexes qui ne sont pas basés sur le poids. Les personnes qui ont une faible estime d’elles-mêmes en raison d’un psoriasis, par exemple, sont inhibées au niveau sexuel. Les patients souffrant d’une scoliose ont un risque plus élevé de dépression et de pensées suicidaires. Les femmes souffrant d’un vitiligo peuvent éprouver du stress qui conduit à l’abus d’alcool et de substances prohibées.

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Sarah Eyre, 39 ans, de Baltimore : « Je suis bien plus que… ma sclérose en plaques »

Alors qu’elle n’avait que 20 ans, Sarah avait obtenu un score tellement élevé aux tests d’aptitudes physiques de l’armée qu’elle était pressentie pour intégrer les Forces Spéciales. Puis vinrent les douleurs, la fatigue, les malaises et un diagnostic : la sclérose en plaques. Sarah, ancienne nageuse de compétition et coureuse depuis toujours, ne pouvait plus marcher sans l’aide d’une canne. Les aptitudes athlétiques dont elle avait été si fière avaient disparu. À leur place, de la colère, du chagrin et une estime d’elle-même dissoute. « J’en voulais à mort à mon corps, raconte-t-elle. Et je ne savais pas comment en parler ». Des amis ont finalement convaincu Sarah de voir un thérapeute qui l’a aidée à développer un nouveau mantra : « Je peux haïr mes idiotes de jambes, ou je peux me réveiller et dire : Eh, mes jambes ! Comment allez-vous marcher ensemble aujourd’hui ? ».

Soyons réalistes : chaque femme n’aimera pas chaque partie de son corps – et elle n’en a pas besoin. Le commandement selon lequel nous devrions aimer chaque cm² de nous-même paraît être un idéal irréalisable. Un meilleur objectif, selon les experts, est de séparer votre apparence physique de votre estime de vous-même.

La première étape, explique Leslie Heinberg, est la prise de conscience. La plupart des femmes admettent déjà que la façon dont elles se voient ne correspond pas à celle dont les autres les voient. Le problème est que dénigrer son corps est devenu un moyen incontournable pour les femmes de créer des liens (scène typique d’une cabine d’essayage : « Oh mon Dieu ! Mes hanches sont énormes ! » / « Ne dites pas ça. Je hais mes mollets ! »). Cela rend facile de dénigrer des parties de son corps en public, mais difficile de se confier avec sincérité sur ses préoccupations légitimes.

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Araceli Davila, 37 ans, de Los Angeles : « Je suis bien plus que… mon alopécie »

Il y a 10 ans, Araceli a découvert plusieurs trous chauves de la taille d’une pièce de monnaie sur son crâne. Au cours des deux années suivantes et malgré des myriades de traitements, y compris de douloureuses injections de stéroïdes, les cheveux d’Araceli tombaient par poignées – jusqu’à ce que sa queue de cheval et son spray colorant ne puissent plus servir de camouflage. Elle commença à éviter les foules quand elle sentait que des gens regardaient fixement l’arrière de sa tête qui se dégarnissait rapidement. Déprimée, elle devint terrifiée à l’idée de sortir les jours de vent, craignant que son chapeau et perruque ne s’envolent. Finalement, un dimanche, elle pensa « on s’en fout » et partit à l’épicerie comme elle était. Les gens étaient bouche bée, mais elle réalisa qu’elle pouvait le supporter – et qu’elle avait porté le deuil de ses cheveux disparus depuis assez longtemps. La beauté, dit-elle aujourd’hui, peut se trouver partout, même dans la calvitie.

En fin de compte, reconnaître que votre corps ou une de ses parties ne définit pas qui vous êtes est la clé de la positivité. Après plus de 30 ans d’anxiété, alors qu’elle faisait ses courses, Adrienne Jones aperçut un short mignon et fut submergée de tristesse de se rendre compte à quel point elle était obsédée par ses genoux. Quatre ans plus tard, Adrienne a toujours ce short. Elle ne le porte que quand il fait très chaud mais, comme elle dit, « C’est mieux que rien, non? ».


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